Félicitation à Ada et Nath

Depuis la diffusion d'une vidéo montrant un homme faisant de la lumière avec ses mains se faire tuer par un autre avec un poignard, le monde s'interroge. Existe-t-il autre chose que des hommes sur terre ?
 

 

 "be a good machine" tholen

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Posté le Mar 10 Juil - 14:27
J’étais épuisé, épuisé par cette femme, par ce qu’elle me faisait faire, épuisé par la douleur, épuisé par ce don qui m’affaiblissait en gagnant en puissance. J’avais paniqué. En voyant cette vidéo j’avais eu peur pour ma vie et j’avais paniqué. J’avais accepté de la servir contre un peu de sécurité, contre l’impression de ne plus être seul, de ne pas être victime de ces assassins. J’avais eu peur. Et hier, quand j’avais quitté son hôtel, j’étais dans un sale état. J’avais simplement su rentrer chez moi, oubliant complètement le concert pour je ne sais quelle association que je devais faire. J’étais simplement rentré chez moi, me délestant de mes vêtements avant de monter les quelques marches de l’escalier en colimaçon et en fer menant à mon lit sur lequel je m’écroulais sans vraiment lutter. J’avais mal, ma colonne m’irradiait entièrement, mais la fatigue que cette femme avait crée dépassé l’entendement. Je n’avais pas vraiment le courage d’aller chercher du sang dans le frigo, pas vraiment le courage non plus de sortir m’en prendre à un énième inconnu pour combler ce manque. Je n’étais tout simplement plus en état de faire quoi que ce soit d’autre.

J’avais sombré assez rapidement dans le sommeil, n’y trouvant toutefois aucun repos tant la faim me sciait les reins. J’avais juste dormi, soulageant mon esprit de quelques préoccupations avant que l'on ne me tire de ce sommeil sans rêve en tapant à ma porte. Me lever fut bien plus douloureux, mais j'avais connu pire, nettement. Il n'était question que de quelques heures avant que je ne puisse en étouffer l'existence. Le temps pour moi de congédier la créature qui avait cru intéressant de venir chez moi. Descendant les escaliers, j’avais retrouvé le sol, marchant dans une tenu des plus simple jusqu’à la porte que j’ouvris sans prendre le temps de regarder qui était là. J’aurais pu tomber sur un malade, ou n’importe qui d’autre potentiellement choqué, ou excité par la vision que je pourrais offrir, mais non, de tout ceux qui aurait pu être là, c’était lui. Et a en voir la tête qu’il tirait, il n’était clairement pas très heureux de me voir. À ma décharge, il venait me chercher chez moi, il ne pouvait donc pas faire la gueule en me voyant, mais sait-on jamais.

L’homme était mon mécène, et il était en très grande partie responsable de ma réussite, je lui devais quelques comptes, mais depuis Juin, j’avouais avoir sincèrement quelques difficultés à le satisfaire. Déjà car je n’aimais pas devoir rendre des comptes, mais aussi car je l’avais très clairement ignoré une paire de fois et j’avais l’intime conviction d’avoir oublié quelque chose de primordiale sans pour autant savoir mettre le doigt dessus. M’écartant pour le laisser rentrer, je fermais derrière lui avant de me reposer un instant contre la porte, juste le temps d’effacer la douleur de mes traits. J’avais du inventer une maladie pour justifier les quelques fois ou il était arrivé et que j’étais, de toute évidence, incapable de contenir la douleur, le manque de sang. Et prétendre que j’avais eu trop mal pour venir ne justifierait certainement pas pourquoi je lui avais posé un lapin. Abandonnant la porte, j’avançais finalement vers la cuisine ouverte, faisant passer un café en baillant. Je me gardais bien de lancer le moindre sujet, juste pour repousser de quelques instants le moment ou il fatiguerait sérieusement mon esprit.

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Posté le Mar 10 Juil - 17:00
Malgré l’heure relativement matinale, les rues de Downtown grouillaient encore de gens plus étonnants les uns que les autres. Parmis les quelques travailleurs obligés de se rendre rapidement à leur poste se cachaient d’autres silhouettes à la démarche incohérente et toutes parées de vêtements fort inappropriés pour une telle heure, couvertes de paillettes ou de taches suspectes. Yerathel passait presque inaperçu au milieu des fêtards, avec ses vêtements colorés et le maquillage sur son visage, quoique ses traits fatigués ne donnent pas réellement l’impression qu’il venait de passer la meilleure nuit de sa vie. Tout au contraire, à vrai dire. Où les autres passants affublés des mêmes vêtements trop festifs pour convenir à une routine professionnelle semblaient heureux et apaisés malgré leur état d’ivresse, lui donnait plutôt l’impression d’être sur le point de commettre un meurtre d’un simple regard. À vrai dire, il l’envisageait même sérieusement. Faire partir les taches de sang sur ses vêtements puis se forger une nouvelle identité ailleurs demanderait beaucoup de travail, mais cela valait certainement le coup après la nuit qu’il venait de passer. Sa victime toute désignée se nommait Thomas, musicien talentueux et compositeur de génie, dont la carrière n’avait décollé que grâce à l’investissement aussi bien personnel que financier de l’occultiste. Et après cinq années d’une fructueuse collaboration, cette sublime histoire prendrait fin dans le sang et dans les larmes. Une fin grandiose comme il les aimait, qui serait à la hauteur de ce qu’avait été sa vie et qui mettrait un point final digne d’un grand film d’auteur à son existence. Il deviendrait un criminel recherché, certes, mais il entrerait à la postérité.

Cette pensée le calma légèrement tandis qu’il grimpait les dernières marches pour rejoindre l’appartement du musicien. Depuis le couloir où il se trouvait, rien ne laissait deviner qu’un autre drame s’était joué dans cet appartement au cours de la journée de la veille. Pourtant, c’était bien un drame que Yerathel voulait découvrir lorsqu’il frappa à la porte - peut-être un peu plus violemment que nécessaire. N’importe quelle histoire affreusement triste et désolante qui expliquerait pourquoi le pianiste ne s’était pas présenté au concert qu’il devait donner la veille et qui passerait toute envie au mage de l’assassiner. Cette envie passa bel et bien quand la porte s’ouvrit enfin pour révéler l’homme à demi nu qui se cachait derrière. L’espace d’un instant, Yerathel oublia même pourquoi il était et son regard détailla doucement chaque courbe jusqu’à ce que cette merveille ne lui soit brutalement retiré tandis que Thomas s’éloignait pour le laisser entrer. Pas un mot ne traversa les lèvres d’un homme ou de l’autre et le mécène se contenta d’entrer en tâchant de retrouver tout son sérieux et toute sa colère pour afficher un air plus solennel.  

À peine avait-il fait un pas à l’intérieur que la sensation familière de la douleur s’insinua dans ses os et, encore une fois, sa volonté vacilla grandement. Mais il était hors de question qu’il laisse encore le jeune homme s’en sortir ainsi. Ça n’était pas la première fois que Thomas lui faisait défaut, bien loin de là et il avait passé une bien trop mauvaise nuit à devoir rendre des comptes à tant de monde que la terrible maladie dont souffrait son protégé ne pourrait pas le sauver cette fois. “Je vois que tu es en vie.” déclara-t-il de ce ton excessivement dramatique dont il avait le secret. De la même manière, il plongea la main dans la poche de sa veste pour en sortir son téléphone et pianota dessus. Une sonnerie retentit dans l’appartement, juste quelques secondes avant que Yerathel ne range son téléphone. “Et ton téléphone aussi ! Ravi d’apprendre que vous allez bien tous les deux, j’étais mortellement inquiet.” Il s’avança davantage dans l’appartement, regardant autour de lui à la recherche de quelque chose pour expliquer l’absence du musicien à ce fameux concert, mais à première vue aucun corps dénudé ni aucun vêtement abandonné ou aucun cadavre de bouteille ne donnait l’ombre d’une justification plus ou moins cohérente. “J’imagine que tu as une bonne histoire à me raconter. Je suis impatient de l’entendre. Et je veux bien un café aussi, s’il te plait.” déclara-t-il finalement, tandis qu’il retirait un t-shirt oublié du canapé pour s’y installer à la place.

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Posté le Mar 10 Juil - 17:59
Je n’aimais pas son ton, je n’aimais pas non plus le fait qu’il fasse sonner mon téléphone pour me rappeler quelques souvenirs de la veille. Attendant devant la cafetière, je pouvais m’y endormir si je le voulais, enfin la douleur grandissante m’en empêcherait vraiment, mais le fait est que plus il parlait, plus je m’épuisais. Les courbatures de la veille étant toujours présente lorsque le café cessa de passer. Il me prenait d’ailleurs pour son serviteur personnel à me réclamer ainsi du café ? Buvant une première tasse pour me donner du courage, je la remplis à nouveau avant d’en faire de même pour la sienne et je me permis enfin à venir au salon. J’y déposais sa tasse sur la table basse avant de m’écrouler sur un fauteuil en face de lui. « J’ai strictement aucune excuse à te fournir. », non pas car je voulais le provoquer, tout simplement car je n’avais rien d’acceptable à lui fournir. Soupirant alors, je jouais avec mon café le temps de rassembler mes pensées, « J’étais occupé, j’ai oublié, fin de l’histoire. », buvant une nouvelle gorgée, je me levais nonchalamment, vidant une nouvelle fois ma tasse avant de retrouver ma cuisine pour verser une nouvelle tasse. J’avais vraiment envie d’aller dans mon frigo, de prendre la dernière poche de sang qu’il y avait et la boire entièrement jusqu’à ce que le bourdonnement s’efface définitivement.

Mais je ne pouvais pas, et quand bien même j’avais envie, je devais le faire sortir avant. Revenant donc dans mon salon, je repris ma place, m’affalant à nouveau sans même essayer de paraitre un peu investie dans cette discussion. « Quoi que j’ai pu oublié, tu t’en ai sortit. Quelques sourire, un monologue sur la complexité de vivre avec une maladie et tout le monde a du s’excuser, car il est terriblement facile d’être altruiste avec un pauvre musicien torturé par son corps et son esprit. », j’avais été quelque peu théâtrale à la fin de mon discours. Mes mains virevoltant dans l’espace comme pour l’imiter lui. De toute façon il n’y avait rien de grave, rien qu’il ne pourrait pas rattrapé ou racheter, alors pas la peine d’être aussi énervé.

Posant la tasse sur ma table basse, je retrouvais ma place initiale, mon menton se figeant dans ma mains alors que je posais enfin mon regard sur lui. Si j’étais excentrique dans mon égoïsme, lui il l’était tout simplement. Il n’était pas du genre à passer inaperçu. « Mais merci de t’être inquiété pour moi et mon portable. », aucun sourire, juste de l’arrogance dans la voix, juste une pointe de défiance qui n’était absolument pas bien placé. Il n’allait quand même pas perdre son calme pour ça ? Quoi qu’il avait l’air assez remonté une fois la surprise de ma tenu passé. J’avais déjà cherché à joué sur ce point là, mais il était vrai que rarement, je ne m’étais montré aussi généreux dans le don de moi. Qu’il en profite et considère ça comme mes excuses pour le dérangement, pour le reste, il s’en sortirait très bien.      

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Dernière édition par Thomas A. Balhian le Mar 10 Juil - 19:40, édité 1 fois
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Posté le Mar 10 Juil - 19:19
Une éternité s’écoula avant que le jeune homme ne se décide à offrir un semblant de coopération. Yerathel loucha un instant sur la tasse de café qu’il venait de poser devant lui, mais n’y toucha pas immédiatement et préféra plutôt porter toute son attention au musicien qui s’installa face à lui. Pourquoi refusait-il de passer quelques vêtements, c’était un mystère auquel le mécène préférait ne pas trop penser. Conserver son regard à une hauteur respectable représentait déjà un effort suffisant, il n’était certainement pas en mesure d’en fournir plus actuellement. Cela devint considérablement plus simple lorsque le jeune homme ouvrit la bouche. Il ressemblait à une véritable oeuvre d’art, éblouissant et magnifique, mais dès qu’il se mettait à parler, tous ses charmes s’envolaient soudainement. Raison pour laquelle, sans doute, Yerathel était parvenu à résister à la tentation de la moindre approche pendant cinq longues années. Malheureusement pour lui, il avait plus souvent droit à d’insupportables répliques qu’à des visions aussi franches de ce corps. “Ton charme me surprendra toujours.” souffla-t-il doucement, puisant dans ses réserves pour ne pas exploser immédiatement. La douleur qu’il sentait émaner du pianiste commençait déjà à lui taper sur les nerfs et si l’on ajoutait le caractère particulièrement imbuvable de son hôte à la note, autant dire que le pauvre homme ne conserverait pas sa patience bien longtemps.

Tandis qu’il s’emparait enfin de sa tasse pour avaler une longue gorgée du liquide brûlant à l’intérieur, Yerathel fit de son mieux pour se souvenir que cet homme disposait d’un talent incroyable et qu’il supportait tout le reste pour une bonne cause. Il était presque convaincu quand Thomas revint près de lui. Presque. Ses efforts furent de nouveau balayés par une autre tirade complètement affolante de l’artiste. Ce petit air supérieur qu’il voulait se donner lui allait bien, il fallait au moins le lui reconnaître. Mais il n’y avait pas à se questionner longtemps pour comprendre pourquoi personne d’autre que Yerathel ne s’était donné autant de mal pour le faire briller. L’agacement de ce dernier devint vite palpable et il se releva immédiatement, se surprenant malgré lui à scruter encore une fois le corps trop attrayant qui lui était si généreusement offert. Il poussa un soupir à moitié rêveur et à moitié désespéré avant de se reprendre. “Ce que tu as oublié, darling, c’est une représentation que tu devais donner hier soir au gala organisé par l’une des associations les plus influentes de la ville. Gala auquel j’avais réussi à faire inviter plusieurs agents très intéressants qui étaient tous impatients de voir mon jeune prodige en action.” répondit-il d’un ton étonnement calme alors qu’il bouillonnait à l’intérieur. “Des gens venus de tout le pays dans l’espoir de t’entendre jouer et qui auraient pu bouleverser complètement ta carrière. Et qui ne se sont certainement pas excusés de ne pas avoir apprécié ton absence.”

Tranquillement, l’homme reposa sa tasse encore presque pleine sur la table basse et osa faire quelques pas vers Thomas pour se planter devant lui. Il aurait pu accepter des excuses, même pitoyables et peu convaincantes, mais ce comportement… Il ne le comprenait pas. “Tu n’as pas l’air de comprendre que ce n’est pas seulement ta carrière que tu mets en péril quand tu te comportes comme ça. Il m’a fallu des années pour tisser ces liens et me faire ces contacts. C’est mon image que tu traînes dans la boue en jouant les divas et ma carrière, ainsi que celles de tous les artistes que j’essaye d’aider, que tu risques !” Il n’avait vraiment pas prévu de s’énerver. Il fantasmait peut-être sur un possible meurtre en arrivant ici, mais ça n’avait jamais été autre chose qu’une divagation de son esprit pour passer le temps et contenir un peu sa colère avant d’avoir à affronter réellement Thomas. Mais désormais, il n’arrivait plus à rester aussi calme qu’il l’avait espéré.

Peut-être que s’il avait pris la peine de prévenir le jeune homme de la présence de toutes ces personnes avant la soirée, les choses auraient été différentes, mais il s’était stupidement imaginé que la surprise lui ferait plaisir. Il ne pouvait pas s’être plus trompé, visiblement. “Ça fait plus d’un mois que tu te comportes comme un gosse immature. Alors dis-moi ce qui t’arrive avant qu’on se retrouve tous les deux à devoir faire la manche. Je suis là pour t’aider, c’est mon travail, mais je ne peux pas le faire si tu réagis comme ça au lieu de t’expliquer.”

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Posté le Mar 10 Juil - 20:06
Si le fait d’avoir louper des figures importantes avait quelque peu ébranlé mes convictions et mon assurance, le fait qu’il se retrouve sans travail, lui et les autres ne m’inquiétais pas autant. Certes le fait d’avoir quelques noms en plus, quelques regard important posé sur moi était plaisant, mais rien ni personne de ce qui aurait pu être présent hier n’aurait changé les choses, j’étais face à un autre dilemme bien éloigné de l’argent. L’observant si proche de moi, je ne laissais rien paraitre, après tout, il ne s’était pas vraiment donné du mal pour me faire venir et bien au-delà de ça, si il avait fait jouer ses relations, il saurait recommencer, je ne m’inquiétais pas pour lui. « Peut-être qu’il y a quelques personnalités médiocre dans la longue liste de tes bonnes actions dont tu pourras te séparer. ». D’autant que je n’aimais pas partager les attentions, je n’aimais pas qu’on me pique la vedette, alors je ne dirais pas non à quelques départs anticipés. J’aurais apprécié pouvoir être insolent plus longtemps, apprécié continuer ce petit jeu, mais il posa une question qui me coupa l’herbe sous le pied. Que c’était-il passé il y a un mois ?

Un frisson traversa ma colonne avant que la peur ne commence à me consumer, la peur de mourir, la peur d’être condamné car j’étais né avec des dons plus brutaux, plus violent que d’autres enfants. Car dans mon sang coulait celui d’un père immortel, car dans mon sang coulait la magie. Et voir ce que je pensais presque imbattable se faire transpercer par une simple lame m’avait terrorisé, m’avait effrayé à m’en couper l’envie d’avancer. Et je refusais que cette peur ne se lise sur mon visage. Elle irradiait déjà chaque cellule de mon corps, il était hors de question de lui apporter la moindre réponse verbalement. Souriant avec arrogance, j’inclinais légèrement la tête avant de lui demander, « Ça ne fait qu’un mois que je joue au gosse immature ? J’aurais cru que depuis le début de notre collaboration c’était le cas… », glissant mon regard sur son corps, je le détaillais avec insistance avant de me lever pour l’approcher suffisamment, « Je m’ennuie Nyx. », il saisirait les sous-entendu qu’il voulait, je n’allais pas lui prendre la main. Accuser l’ennuie me semblait la seule véritable réponse possible. La seule défense pour étouffer la peur qui me rongeait en cet instant.

M’éloignant de lui, je me penchais pour saisir ma tasse et en finir le fond, l’abandonnant sur le plan de travail, je jetais un nouveau coupe d’oeil à mon frigo, je rêvais bien trop de mettre fin à cette faim, mais il restait là, et je ne voulais pas non plus me faire subitement conciliant uniquement pour lui faire plaisir. « Tu veux que je joue un truc pour te détendre, vu que tu refuses de te laisser tenter par autre chose ? », ça ne servirait à rien, si ce n’est en rajouter une couche. Et même si Nyx était extrêmement intuitif, je dois que cela puisse résister à mon arrogance. Et pour appuyer ça, j’avais retrouvé mon fauteuil, m’y asseyant à le regardant à nouveau.

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Posté le Mar 10 Juil - 21:19
S’il s’était imaginé une seule seconde que le jeune homme pourrait se sentir coupable de mettre la vie de plusieurs personnes en danger, cet espoir s’envola aussitôt. Evidemment, qu’il n’en avait rien à faire. Il ne devait pas exister plus égocentrique créature dans ce monde. C’était une affreuse injustice, vraiment, qu’il existe un homme si proche d’atteindre la perfection et qui se révèle en même temps si imbuvable. Et il n’écoutait rien, comme le prouvait la remarque qu’il lâcha pour repousser au loin la moindre implication. Si Yerathel avait eu à se séparer de quelques uns de ses artistes… “Il y a bien un nom qui me vient à l’esprit…” souffla-t-il tout bas, quoique probablement trop fort pour ne pas être entendu. Ça lui était égal, d’autant plus qu’il s’agissait d’une menace en l’air. Quoi que… Ils n’iraient nul part s’ils ne pouvaient pas compter l’un sur l’autre. Et depuis cinq ans, Yerathel n’avait jamais manqué à ses engagements. Il tenait ses promesses, le musicien bénéficiait désormais d’une petite célébrité qui ne demandait qu’à se propager davantage. Et jusqu’à maintenant, malgré son caractère pour le moins insupportable, Thomas lui rendait la pareille. Alors qu’est-ce qui avait changé ? Il décida de poser la question à voix haute. Qu’avait-il à perdre de plus, de toute façon ? Si les choses continuaient ainsi, il n’aurait véritablement pas d’autre choix que de laisser Thomas gérer sa carrière seul, ou engager quelqu’un pour le faire à sa place. Mais s’il existait une chance qu’ils règlent ce problème, autant la saisir.

La réponse lui vint avant que le moindre mot ne traverse les lèvres du musicien.La peur pénétra son corps comme une vague glacée venant s’abattre sur un rocher en pleine tempête. Immédiatement, Yerathel releva les yeux pour chercher le regard du pianiste. Mais loin d’y lire cette émotion pourtant palpable, il n’y trouva que l’éternelle insolence qu’il connaissait si bien et qui ne l’avait jamais tant agacé qu’aujourd’hui. Thomas se cachait derrière et c’en était désespérant. Presque amusant aussi, comme de regarder un chaton montrer les crocs pour faire fuir un danger. Inutile, au demeurant. Pourquoi l’homme refusait-il de se confier à lui ? La provocation pour toute réponse, voilà comment il choisissait de réagir quand on osait tendre une main vers lui. Yerathel ne lui fit même pas l’honneur d’une réponse et préféra lever les yeux au ciel devant tant de ridicule. Il ignora tout autant l’invitation qui suivit. “Après toutes ces années, tu penses encore que tu peux me mentir ?” s’étonna-t-il, prenant sur lui de ne pas trop en dévoiler non plus. “Si au moins tu avais un peu de talent pour cet art, pourquoi pas, mais je lis en toi comme dans un livre ouvert.“

Mais il ne pouvait pas lui demander clairement ce qui lui faisait si peur, n’est-ce pas ? Ce serait bien difficile d’expliquer comment il savait. Bien difficile aussi d’obtenir une quelconque réponse en agissant de front. Il aurait à ruser s’il voulait comprendre et malheureusement, il se demandait de plus en plus s’il y avait le moindre intérêt à ce qu’il s’y intéresse davantage. “Tu comptes jouer en restant vautré dans ton fauteuil ?” s’enquit-il à la place. Il n’était pas là pour sa musique, pas pour l’écouter une dernière fois avant de devoir tirer un trait dessus, en tout cas. Il n’aurait probablement pas le choix si les choses continuaient sur cette lancée et cela le désespérait sérieusement.

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Posté le Mar 10 Juil - 22:09
Il pouvait faire planer une menace si il voulait, mais si il avait voulu me virer, il l’aurait fait depuis longtemps. Il ne le ferait pas, en revanche, reparler de pourquoi j’étais moins évident depuis quelque temps… Là il avait réussi à me faire peur, à faire renaitre la peur surtout. La peur qui renaissait de toute cette merde, de cette vérité sur mon existence, sur ma vie. Alors je fis ce que je savais faire, je dressais un nouveau mur en attaquant. Il commençait à y avoir trop de chose à gérer dans mon esprit, la faim, la peur, la fatigue, lui. Je devais écourter cette entretient, mais il ne m’aida pas à le faire. Il savait que je mentais, et même si c’était pour me déstabiliser, il réussit. Un instant. Je n’arrivais pas à comprendre comment il pouvait à ce point savoir quand je mentais, quand je me jouais de lui ? Détournant les yeux, je tentais de reprendre le contrôle, lui dire que je ne mentais pas ne m’apporterait rien, « Et ça t’aide de savoir lire si facilement en moi ? », demandais-je en guise de simple réponse. En quoi ça l’aidait ? Secouant la tête lorsqu’il parla de jouer dans ce fauteuil, je me redressais, retrouvant mon piano non loin pour jouer. Et même si la peur ne s’effaça pas vraiment, au moins eut-elle le mérite de calmer mon arrogance. J’avais peur de mourir car mon père n’était pas humain, car j’avais hérité d’un héritage qui m’avait presque couté une soeur, car…

Après plusieurs minutes à jouer à un rythme beaucoup trop soutenu, je finis par m’arrêter, soupirant pour finalement tourner la tête vers l’homme et lui dire une vérité, « J’ai apprit récemment qui était mon père et ce que ça impliqué. », si il était un minimum humain, il n’irait pas plus loin d’autant qu’au final, je ne savais pas exactement qui il était, je savais ce qu’il était. Et je savais que je prenais le risque de mourir à présent, je savais que toutes ces années d’insouciance avait un prix, et que j’avais failli le payer trop souvent.  

Regardant mes doigts, je reprenais, assez sur la défensive, « Je ne parle déjà pas à ma famille, ils sont au courant de rien, je vois pas pourquoi tu devrais davantage faire exception. », concluais-je à juste titre. Il savait déjà quelque chose que mes parents ignoraient, et qu’ils ignoreraient à vie. J’avais prit mes distances pour une seule et bonne raison, je n’étais pas bon pour eux. Un vent de culpabilité me traversa alors que mes pensées se tournaient sur ma soeur qui avait presque perdu la vie en ayant voulu me soutenir. En quoi me garder à proximité était un cadeau ? Il y avait trop de nouveauté dans ma vie, trop de paramètre à prendre en compte à présent et je ne pouvais pas être à sa disposition, je ne pouvais pas me permettre cela. Le seul effort que je pouvais fournir était là, c’était l’effort de lui donner une information qui involontairement renversé ma vie, mais lui annoncer que j’étais une sorte d’hybride vampirique instable devant protéger Harry Potter des Humains de la terre du milieu… Autant lui dire que j’étais fou. Et de toute façon, pourquoi j’aurais plus d’effort à fournir ? Car il voulait aider ? Comprendre ? Pas besoin quand on savait lire un livre ouvert.

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Posté le Mar 10 Juil - 23:30
Celai aidait-il, en effet ? Thomas posait rarement des questions aussi pertinentes que celle-ci. Mais il n’obtint aucune réponse pour autant. Hors de question pour Yerathel d’entrer dans son jeu. Il se donnait bien assez de mal pour satisfaire cet homme, d’autant plus au vu des résultats qu’il obtenait. Il lui offrit tout de même un sourire. Rien de très rayonnant, mais juste ce qu’il fallait de défiance pour simplement lui faire comprendre que ce petit numéro ne fonctionnait pas sur lui. Il en avait supporté de bien pire et il s’en était toujours sorti. La célébrité vous faisait atteindre des sommets, mais venait toujours le moment de la chute. Yerathel, lui, tenait plus de l’entité immuable que de l’étoile filante. Il retrouva sa place dans le canapé tandis que le musicien se mettait au piano et le gratifiait, quelques minutes, d’une mélodie un peu trop prenante. Il jouait divinement bien, ce qui ne fit que renforcer le sentiment d’injustice de l’occultiste, sérieusement concentré à l’observer. Silencieux, à moitié nu et assis à un piano. La combinaison parfaite pour transformer  l’homme détestable en fantasme vivant. Le mécène manquait quelque peu de professionnalisme avec lui, mais il n’arrivait vraiment pas à culpabiliser à ce sujet. Et puis, il n’y avait rien de mal à entretenir un petit béguin inoffensif pour l’un de ses artistes, du moment qu’il ne franchissait jamais la ligne. Les fantasmes étaient bénéfiques à l’esprit, après tout, tout le monde le savait.

Il fut tiré de sa rêverie par la voix de l’homme et réalisa, quand un frisson courut sur sa peau, que ce seul son était porteur de l’étrange pouvoir de lui faire froid dans le dos. Comme s’il s’attendait toujours à devoir confronter ses illusions à la réalité, à devoir essuyer une nouvelle pic désagréable. Ce ne fut pas le cas cette fois. Loin de l’attaquer de nouveau, Thomas ne fit rien de plus que de faire un aveu pour le moins inattendu. Yerathel eut à cligner des yeux plusieurs fois avant de réaliser qu’il n’avait pas rêvé, autant que pour chasser de son esprit toute trace d’un écho à sa propre vie. Les mortels aussi souffraient de problèmes de filiation, les créatures de son monde ne bénéficiaient d’aucune supériorité là-dessus. Hélas, il ne savait pas réellement comment réagir à cette confession. Il devinait la situation délicate et craignait que la moindre question ne les endigue un peu plus dans leurs difficultés actuelles à communiquer. La suite le convainquit de ne pas en dire davantage. Il poussa un soupir discret avant de se décider à se relever. Ils ne pouvaient peut-être pas en parler, mais au moins Thomas semblait enclin à s’ouvrir un peu, du moment qu’on lui laissait le temps et l’espace nécessaire pour le faire. Mieux valait se concentrer sur cette petite victoire que de pousser sa chance.

Nonchalamment, le mage s’installa sur le banc aux côtés du pianiste, mais n’essaya certainement pas d’initier un contact ou d’offrir la moindre apparence de pitié. À la place, ses yeux et ses doigts se posèrent sur les touches du piano et il s’amusa à faire vibrer quelques notes au hasard. Il ne disposait d’aucun talent pour un art quelconque, mais il avait appris quelques petites choses au cours de sa longue existence, par le biais de nombreuses relations pas toujours très professionnelles avec des musiciens. “Apprends-moi à jouer quelque chose.” exigea-t-il, refusant toujours obstinément de poser les yeux sur l’homme. Il ne parviendrait certainement jamais à jouer avec la même justesse que Thomas, mais l’espace d’un instant peut-être parviendrait-il à lui occuper suffisamment l’esprit pour ranger au placard un quelconque besoin de se défendre.

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Posté le Mer 11 Juil - 10:00
Il ne dit rien. À cette explication il ne trouva rien à ajouter, rien à redire. Il garda seulement le silence. C’était aussi simple que ça ? Je n’aimais pas l’idée de devoir donner pour un peu de tranquillité, pas plus que je n’aimais l’idée de devoir rendre des comptes. Mais il ne dit rien, et ce ne me fit pas vraiment de mal. Je le regardais s’avancer et s’asseoir à mes côtés pour finalement poser ses doigts sur l’instrument. Je fixais ses phalanges danser aléatoirement sur la surface jusqu’à ce qu’il ne me demande de lui apprendre à jouer. Il avait pas mieux à faire ? D’autres à s’occuper ? Ou préférait-il perdre son temps ici avec moi ? Fixant un instant mes propres mains, je finis par secouer la tête, conscient que je n’arriverais à rien à lui tenir tête pour ça. Glissant mes mains sur les sienne, je l’empêchais de continuer sa mélodie imaginaire pour reposer ses doigts sur les bonnes notes. Jouant par dessus lui, je répétais les même mouvement trois ou quatre fois jusqu’à ce que je le sente anticiper, dès lors, je lui rendis sa liberté pour tenir le même rythme de mon côté du piano. J’eus qu’à continuer en miroir, lui laissant le temps d’assimiler à chaque mouvement. Et ce manège continua jusqu’à ce que l’on puisse reprendre du début. Jusqu’à ce qu’il puisse jouer entièrement le morceau. C’était un morceau qu’on apprenait au conservatoire. Il n’y avait rien de complexe en soit, il fallait juste savoir répéter en décalant d’un ton à chaque fois. Rien qui ne pourrait-être massacré.

Je le laissais continuer seul, sans le déranger, jusqu’à ce qu’il finisse et que je fasse un constat qu’il avait sans doute fait avant moi, « Tu n’as aucun talent en musique, c’est affolant. », je n’étais pas condescendant, je savais aussi que j’étais un mauvais professeur, mais il n’avait pas de réflexe, et si il savait jouer en recopiant. Mais il n’avait pas de génie, pas d’étincelle. Fermant les yeux en sentant la douleur me courir le long de la colonne. J’en avais marre et cela continuerait jusqu’à ce que je boive, et encore, avec du sang en poche, je risquais de perdre pied à tout moment. Ce n’était qu’un pansement sur une plaie ouverte.

Jouer avait tout de fois eu le mérite de me calmer, de m’occuper suffisamment l’esprit pour ne pas avoir envie d’alimenter mon moulin, du moins jusqu’à ce qu’il n’exige à nouveau quelque chose de moi. Jusqu’à ce qu’il ne réclame son du. Je n’avais plus la tête à ça, ma vie manqué de simplicité depuis tant d’année que je ne pouvais plus réellement lutter contre. Simplement, aujourd’hui, plus rien n’avait de sens. Le danger, le risque de mourir… Je voulais simplement jouer de la musique, je voulais simplement être normal, comme les autre et non un soldat imprécis dans une guerre qui m’échappait. Je n’en voulais plus. « Pourquoi n’avoir jamais apprit ? », demandais-je soudainement. L’homme avait un intérêt certain pour l’art, mais il n’en pratiquait aucun. « Tu as quoi ? 30, 32 ans ? Quelque chose comme ça ? Ca laisse largement le temps d’apprendre quelque chose. », cela faisait 15 ans que je pratiquais la musique, avec l’argent qu’il avait derrière lui, il aurait pu passer de médiocre à acceptable. Quoi que même si il était acceptable, cela restait médiocre à mes yeux.

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Posté le Mer 11 Juil - 22:12
Sans réelle intention de briller, l’homme se concentra tout de même sur les mouvements que lui montrait le pianiste et eut le plaisir, pour quelques minutes, de jouer quelque chose qui ne soit pas tout à fait désagréable à entendre. Il manquait de fluidité et d’assurance, certes, mais l’on avait déjà entendu pire, non ? Il en vint même à sourire un instant, alors qu’il se laissait porter par la musique assez peu harmonieuse que produisaient ses doigts. Jusqu’à ce qu’il ne sente poindre la catastrophe musicale quand Thomas le laissa se débrouiller seul. Il s’en sortit plus ou moins convenablement l’espace de quelques notes, mais préféra s’arrêter avant que ça ne tourne vraiment mal pour leurs oreilles à tous les deux. Un grand sourire fendait son visage quand, enfin, il s’autorisa à lever les yeux vers le musicien, fier de sa propre performance. Hélas, il fut visiblement le seul à apprécier, comme en témoignait la remarque que lui fit Thomas. “Je compense avec d’autres talents.” assura-t-il sans perdre de son air satisfait. “De ceux dont tu n’auras, hélas, jamais la démonstration.” Son ton s’était fait bien plus dramatique en disant ces mots et son regard glissa lentement sur le corps encore dénudé du musicien. Il remonta jusqu’à ses yeux, laissant échapper un soupir désespéré pour appuyer son petit jeu.

Il détourna rapidement les yeux après cela, retournant s’intéresser aux touches du piano sans rien perdre de son impassibilité. Il n’attendait pas la moindre réaction particulière, de toute manière. Il ne voyait pas vraiment Thomas se laisser prendre par surprise. Lui, d’un autre côté… Il se laissa complètement surprendre par la question qui suivit. Pas tellement celle concernant ses capacités musicales, mais plutôt sur son âge. Un sourire s’étira brièvement sur ses lèvres, différent de ceux qu’il offrait d’habitude, sincère. Sans doute devait-il se sentir flatté que le jeune homme ne lui donne pas plus de trente-deux ans. C’était un âge tout à fait respectable pour un mortel, n’est-ce pas ? Il ne se souvenait plus vraiment de ce qu’était sa propre vie à l’époque où il était réellement si jeune… “Je ne sais pas.” admit-il plus sobrement que jamais. “Je n’ai jamais eu vraiment le temps, je suppose. Il a bien fallu que je trouve tout l’argent que je gâche pour tes beaux yeux quelque part, n’est-ce pas ?” Son autre sourire, celui qu’il affichait la plupart du temps, revint à sa place à cette réflexion et il s’intéressa de nouveau aux touches du piano, qu’il effleura doucement sans les enfoncer cette fois.

“Et puis, si je m’étais concentré exclusivement sur mon talent, je n’aurais jamais eu l’occasion de faire découvrir le tien au reste du monde. Ce qui serait une véritable perte, tu ne crois pas ?” Il parlait avec plus de calme, prenant le temps de laisser chaque mot flotter dans l’air, chaque petite flatterie s’éterniser pour laisser Thomas en profiter. Rien de tel que de flatter l’ego d’un orgueilleux avant de lui annoncer une mauvaise nouvelle. “Tu ne peux pas me refaire le même coup qu’hier soir, Thomas. Si tu as besoin qu’on ralentisse un peu le rythme le temps que tu te remettes de tes problèmes personnels, je peux comprendre, mais ça ne va pas fonctionner si tu continues de me mentir et de te comporter comme ça. On peut laisser les concerts de côté pour un petit moment et se concentrer sur d’autres points, si tu préfères. Mais c’est la dernière chance que je t’offre.” Il n’y avait pas de méchanceté dans sa voix, mais aucune place non plus à une quelconque argumentation. Il ne s’épuiserait pas dans le vent, même s’il s’était trouvé à côté du meilleur pianiste que la Terre ait porté.

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Posté le Jeu 12 Juil - 16:11
Haussant les sourcils lorsqu’il parla de façon très suggestives de ses autres talents, je retrouvais ce mur face auquel je m’opposais depuis déjà quelques années et qui était légèrement frustrant, surtout avec ce genre de provocation. Inutile de souligner qu’il manquait bien plus de chose en se refusant ainsi à moi, car il serait foutu d’en douter. Mais il avait eu le temps, le temps d’apprendre, le temps d’être acteur et pas simplement spectateur, ou producteur dans son cas. Et il n’avait rien fait. Il affirmait ne jamais réellement avoir eu le temps, devant amasser l’argent qu’il avait actuellement pour pouvoir le dépenser à perte avec moi selon lui. En effet, mais j’étais longtemps resté persuadé qu’il n’était rien de plus d’un héritier avec beaucoup trop d’argent à perdre. Le fait qu’il doive gagner sa vie ayant quelque chose d’étrange, de différent de ce que je pouvais croire. J’aurais pu culpabiliser de lui faire perdre ainsi son argent, mais ce n’était pas le cas. Je m’en fichais. Qu’il l’ait gagnait lui même ou non, ça revenait au même. Il choisissait de le dépenser pour mes beaux yeux, et personne ne l’y avait obligé. Quand à s’occuper de son talent uniquement, j’aurais bien trouvé quelqu’un d’autre pour démêler le talent de la supercherie, ca n’aurait été qu’une question de temps. « Je ne m’inquiétais pas vraiment pour moi. », confiais-je avec assurance.

L’ambiance aurait pu rester ainsi si seulement il n’avait pas reparlé de la veille, de ce qu’il pouvait mettre en place le temps que je reprenne la main. Mais il refusait de continuer bien longtemps si je lui mentais ainsi. Soupirant, je me redressais pour quitter le banc, hors de question que je me laisse avoir par ses fausses gentillesses, de toute façon j’allais me faire tuer si je ne faisais rien, alors autant rester en vie. « Je t’ai menti pendant des années et ça t’as jamais dérangé. », délcarais-je un peu brusquement. Je n’étais pas dupe, il ne m’aurait pas en enrobant ses propositions de sucre. « Si tu voulais me virer, ça serait fait depuis longtemps. », car j’étais toujours là, à lui faire vivre un enfer à la moindre envie. Et il continuait à me garder, car j’étais bon, outrageusement doué, et que ma musique le touchait sinon il n’aurait pas perdu autant de temps avec moi. Il ne lui était pas si facile de me dire non, de me tourner le dos.

Il n’avait en revanche aucune idée de ce qui pouvait se jouer, de ce que ma vie pouvait signifier à présent. J’étais arrivé à un point ou fermer les yeux n’était plus possible et j’étais faible, terriblement même. Comment étais-je censé lutter ? « Je contrôle déjà rien, n’essaie pas de le faire à ma place. », ça allait bien au-delà d’une histoire de famille, bien plus loin qu’un mauvais choix tactique. C’était une réalité que je n’étais pas prêt à assumer seul pour le moment. La peur, je la connaissais, mais celle qui me sciait les reins était nouvelle. Elle dépassait même l’horreur de cette première journée ou la faim m’avait prise. Je devais déjà plier le genoux pour quelqu’un, je n’allais pas me plier en quatre pour l’homme, quand bien même il l’avait fait pour moi.      

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Posté le Jeu 12 Juil - 21:00
Un soupir échappa à l’occultiste et il secoua la tête doucement pour noter sa désapprobation, bien conscient que cela ne ferait aucune différence. Cet excès d’arrogance que Thomas affichait sans arrêt pouvait avoir un certain charme, parfois. Longtemps, cela avait même amusé Yerathel, principalement parce qu’il donnait au moins l’impression de faire un effort. Leur relation n’était pas à sens unique et les mauvais côtés tournaient vite à la plaisanterie. En ce moment… Le thaïlandais ressentait quelques difficultés à rester calme et indifférent à ce manque total de respect dont il était victime. Peut-être en partie parce que ses émotions n’étaient pas seules en jeu. “Est-ce que tu écoutes un seul mot de ce que je te raconte ?” s’enquit-il, parvenant admirablement à conserver un ton relativement neutre, tout juste exaspéré. Il croyait difficilement que le musicien soit à ce point centré sur lui-même qu’il n’entende même pas les mots qui sortaient de la bouche de son interlocuteur. Mais peut-être ce dernier se berçait-il d’illusion, finalement peu habitué à ce qu’on le traite ainsi. Ce qu’il ne comprenait pas non plus, c’était ce sentiment lourd qui pesait dans l’air et émanait très clairement de Thomas. Que pouvait-il bien traverser qui le rende aussi agaçant ?

De toutes ses forces, l’homme repoussa sa curiosité qui ne trouverait aucune satisfaction ce soir et laissa échapper un autre soupir quand il se leva à son tour. Il se tourna vers le pianiste et l’observa une seconde, quelque peu stupéfait d’être dans cette situation. “Je n’essaye pas de te contrôler, je te propose au contraire de te laisser un peu d’air le temps que tu retrouves ton sang-froid. Je t’offre de t’aider comme je l’ai toujours fait.” essaya-t-il encore, quoique peu convaincu que cette nouvelle tentative se solde par autre chose qu’un échec. Il comprenait de moins en moins pourquoi il perdait son temps, mais il continuait quand même. “Mais puisque tu le prends comme ça, je ne te laisse pas le choix.” décida-t-il finalement. Le jeune homme ne le prenait pas au sérieux, visiblement et il s’imaginait sans doute que Yerathel n’aurait jamais le cran de mettre ses menaces à exécution. Quelque part, l’homme avait la certitude que tout cela, ce comportement de gosse, n’était rien d’autre que de la poudre aux yeux. Une petite interprétation réalisée avec soin pour repousser quiconque aurait l’occasion de voir au-delà du masque. Il comprenait ce genre de chose mieux que quiconque. Malheureusement, il savait d’expérience que si Thomas voulait un jour avancer dans sa carrière, il lui faudrait apprendre l’humilité. Alors, même s’il n’appréciait pas ce qu’il était sur le point de faire, il tâchait de se convaincre qu’il n’avait pas d’autre solution.

“Plus de concerts pour toi jusqu’à ce que tu retrouves tes esprits.” souffla-t-il sans détacher son regard du musicien. Si Thomas voulait agir comme un enfant, il serait traité comme tel. Un juste retour des choses, rien de plus. “Tu sais où me trouver quand tu seras prêt.” conclut-il en se détournant pour rejoindre la porte. Il marcha peut-être un peu plus lentement qu’il ne l’aurait fait habituellement, offrant une occasion au jeune homme de retrouver ses esprits dès maintenant, mais une fois encore, il ne croyait pas que ce petit miracle se produirait maintenant. Lorsqu’il tourna la poignée de la porte, il regretta brièvement de ne pas avoir fait signer un quelconque contrat à l’homme avant d’investir dans sa carrière, mais il se rassura rapidement en se souvenant que probablement personne n’aurait autant de patience que lui pour gérer les caprices de sa petite diva au corps parfait. Avant de quitter l'appartement, il prit tout de même la peine de se retourner vers le jeune homme. “Je ne suis pas ton ennemi, Thomas. Je ne sais pas ce qui t'affecte à ce point, mais saches qu'il n'y a rien qui t'oblige à le vivre seul et de cette manière.”

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Posté le Ven 13 Juil - 9:04
Je l’écoutais, oui, mais il n’y avait pas vraiment de sens à y trouver. Il me proposait de l’aide, non une chaine, il me proposait du temps, il me tendait la mains, comme toujours. Je sais que j’aurais du m’en vouloir, que je n’aurais pas du le chercher autant, mais il n’y avait jamais le moindre acte pleinement gratuit et pour preuve. Tant que je n’en faisais qu’à ma tête, il ne pouvait pas disposer de mes talents comme il le désirait. Il était complaisant uniquement pour lui. Et après son beau discours, il m’imposa donc quelque chose, soit ne plus jouer en public. Il croyait que j’en avais quelque chose à faire ? Qu’il me prive de concert ? Qu’il me prive de l’immense joie de me retrouver dans une salle pleine d’être humain vivant dont le sang et son odeur m’obsédait une fois sur deux ? « J’ai le droit de sortir de ma chambre ? », demandais-je alors qu’il me rappelait que oui, je savais ou le trouver, mais que si je ne le désirais pas, je n’irais nul part. Le regardant s’éloigner vers la porte, j’étais presque soulagé à l’idée qu’il s’en aille, presque soulagé à l’idée de pouvoir enfin me nourrir. C’était le plus difficile, car bien que son sang ne m’est jamais réellement fait chanté, je l’entendais, je détectais chaque changement de rythme, chaque affolement, et le fait qu’il soit beaucoup trop calme en cet instant n’était pas plus simple à gérer. J’avais faim, rien, si ce n’est du sang n’en soulagerait le manque.

Au moment ou je croyais m’être enfin débarrassé de lui, il s’arrêta, me rappelant qu’il n’était pas mon ennemie et que quelque soit ce qui m’arrivait en ce moment, je n’étais pas obligé de le vivre seul et de cette manière. L’envie de lui renvoyer avec colère quelque chose de totalement injuste m’effleura l’esprit, mais je reviens rapidement sur ma décision, préférant lui répondre au silence que d’ouvrir la moindre brèche. Les choses n’étaient déjà pas simple comme ça, inutile de passer pour un fou.

J’étais seul dans cette épreuve, personne, aucun membre de ma famille ou de mes amis pourraient y faire quoi que ce soit. La seule créature pouvant comprendre, pouvant me croire, était aussi celle qui voulait faire de moi son soldat. J’étais loin d’avoir le profil de certain de ses enfants, j’étais loin d’avoir autant de puissance, ni même d’avoir l’esprit assez fort. J’étais au fond d’un panier que je découvrais seulement et dont je payerais tout de même le même prix. J’étais seul. Et ça ne changerait pas, car la solitude valait sans doute mieux que la peur. M’avançant vers la porte, je la reclaquais après son départ, ne tardant pas réellement à rejoindre mon frigo pour mettre fin à quelque chose qui aurait pu devenir rapidement problématique.

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