Félicitation à Gwendal et Elia

Depuis la diffusion d'une vidéo montrant un homme faisant de la lumière avec ses mains se faire tuer par un autre avec un poignard, le monde s'interroge. Existe-t-il autre chose que des hommes sur terre ?
 

 

 The truth is hiding in your eyes + Tholen

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Posté le Mar 17 Juil - 0:27
D’une étrange manière, la soirée s’était déroulée bien mieux que Yerathel ne l’avait espéré. Oh bien sûr, Thomas n’était jamais réellement l’homme le plus charmant et le plus agréable à fréquenter, mais il s’était présenté sobre et il avait même eut la sympathie de ne pas trop énerver le producteur qu’ils devaient rencontrer. L’homme ne s’était pas encore prononcé sur la finalité de son choix, mais Yerathel gardait bon espoir de pouvoir faire signer ce contrat à son protégé. Il faudrait évidemment qu’il se charge des dernières négociations tout seul, histoire que le jeune homme ne fasse pas tout foirer à la dernière seconde, mais c’était presque une affaire réglée. Raison pour laquelle le mécène souriait si largement alors qu’il traversait une rue d’Ocean View aux côtés de Thomas, alors que les deux hommes venaient de quitter le bar dans lequel avait eu lieu la rencontre. De son air guilleret jusqu’à son pas léger, tout indiquait qu’il était ravi de la tournure des événements. Les nombreux cocktails qu’il s’était offert au cours de la soirée jouaient peut-être un rôle dans sa bonne humeur, eux aussi, mais puisqu’il parvenait encore à marcher plus ou moins correctement, il comptait bien nier ce fait jusqu’au bout. Il était encore relativement tôt, du moins pour une soirée que l’homme passait à l’extérieur. Suffisamment, peut-être, pour qu’il envisage d’appeler quelques uns de ses contacts et les rejoindre dans un autre bar pour finir la nuit. Quelques personnes plus raisonnables que lui arpentaient la rue, mais elles n’étaient pas très nombreuses.

“Je suis fier de toi !” lança-t-il de sa voix chantante, beaucoup trop joyeuse pour l’air qu’arborait son interlocuteur. “Et je regrette un peu de ne pas t’avoir fait signer de contrat. Je pourrais enfin renflouer un peu mon compte en banque si je touchais ne serait-ce que dix pour cent de ce qu’ils vont te payer pour ce film !” Peut-être qu’il avait légèrement abusé de l’alcool, finalement, car alors qu’aucun véritable obstacle ne se dressait sur sa route, il perdit assez subitement son équilibre quand ils entrèrent dans une rue moins bien éclairée. Heureusement, il conservait quelques réflexes bien utiles qui lui permirent de se rattraper de justesse au bras de Thomas avant que quelque chose de vraiment regrettable ne se produise. Et pour un observateur extérieur, peut-être n’avait-on même pas remarquer ce léger incident.

“Est-ce que tu comptes rentrer chez toi maintenant ?” demanda-t-il innocemment, tandis qu’il s’accrochait un peu plus fermement au bras de l’homme. Il avait presque entièrement oublié leur altercation de la semaine précédente et était redevenu fidèle à lui-même : joyeux, amical, sans gêne. Bref, parfaitement charmant, évidemment. “Eh oh, les suceurs de queue !” Brièvement, Yerathel s’autorisa à tourner les yeux vers la provenance de ce son fort désagréable. Il capta rapidement la silhouette titubante d’un homme jusqu’alors appuyé contre mur qui approchait désormais dans leur direction. Rien de très intéressant, du moins à ses yeux. Il n’était pas spécialement gêné par les homophobes à San Francisco en 2018, mais il l’avait été plus qu’à son tour au cours du siècle. Un homophobe ivre, ça n’avait rien de particulièrement exceptionnel et ça ne méritait certainement pas son attention. Aussi, il détourna aussitôt les yeux et se mit en tête de continuer sa route, sans même prendre la peine d'accélérer le pas. “Z'avez pas hic honte d'vous afficher?! Tapez vous dans l'fion sans nous faire hic chier! C'dégueulasse ! ” Fallait-il vraiment qu’il insiste ? Yerathel leva les yeux au ciel, quoique l’homme ne puisse pas le voir et secoua la tête. Il capta la haine affluer vaguement dans son crâne juste avant de réaliser que la situation risquait tout de même de fortement lui échapper.

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Posté le Mar 17 Juil - 1:02
J’étais venu, j’avais écouté, mais le temps semblait s’être suffisamment étiré pour que plusieurs verre d’alcool se soit glissé dans mes veines. Et le fait de pouvoir finalement partir me fit réellement du bien. J’avais besoin d’un peu d’air, besoin de ne plus porter le même masque. J’avais besoin de pouvoir exprimer combien l’alcool m’avait amoché. Et je ne fus pas déçu, prenant une grande inspiration, j’avançais tranquillement vers je ne sais où, Nyx à mes côté avant qu’il n’affirme être fier de moi. Tournant la tête vers lui, je levais légèrement les yeux au ciel, mon sourire ne pouvant être contenue lorsqu’il exposa quelques problèmes d’argent dont je pouvais être responsable. J’avais un prix, il le savait depuis longtemps à présent, « Je reste un bon investissement. Parfois. », concédais-je avant qu’il ne manque de tomber. Se rattrapant à moi, je le sentais fermement accroché à moi avant de me demander si je comptais rentrer chez moi. Je n’avais en soit rien d’autre à faire, mais je n’avais pas spécialement envie de passer ma soirée en sa compagnie, non pas qu’elle soit mauvaise, mais je n’oubliais pas ce qui avait déjà pu se passer et je pensais sincèrement que pour lui comme pour moi, cela serait une meilleure chose, « Je pense que je ne vais pas abuser. », commençais-je avant d’être coupé par une remarque qui me fit tourner la tête. Je n’aimais pas ce genre d’incivilité, mais je ferais avec. J’avais reprit ma route lorsqu’il souligna combien nous le dégoutions. Si encore là maintenant, j’essayais de me faire l’homme contre un mur, ok, mais là il ne faisait que me tenir le bras. La colère, puis la haine monta d’un coup en moi, mon regard refusant dès lors de se détacher de lui.

Je n’avais pas vraiment cherché plus loin, je m’étais dégagé de l’emprise de Nyx pour fondre sur ce connard d’homophobe. Je n’étais pas gay, je voyais un peu plus large que ça, et le fait d’être bourré ne m’aidait sans doute pas à discerner les choses. J’étais simplement allé vers lui avant de le frapper, le faisant reculer avant de recommencer, encore et encore jusqu’à ce qu’une douleur sourde ne me scie le ventre. Je n’avais pas faim, j’avais prit garde, c’était forcément entre chose. Reculant d’un pas, je portais ma main à mon ventre avant d’y découvrir du sang, avant de lever les yeux sur ce que l’homme avait dans la main. L’alcool jouant, je ne pus rien faire lorsqu’il vint replanter un peu plus franchement la lame dans mon ventre, remontant légèrement avant que je ne crache du sang et que ma vision ne se trouble. J’avais mal, c’était indiscutable, et le fait que j’ai encore assez de force pour lui tenir le bras et faire en sorte qu’il souffre du le faire paniquer. Il s’enfuit alors, ne me laissant pas le temps de lui faire payer ne serais-ce qu’un dixième. Je le vis disparaitre dans l’obscurité avant qu’un genoux ne touche finalement le sol, mon bras ayant retrouvait mon ventre pour éviter à mon sang de me quitter en trop grande quantité. En vain sans doute. Le sang coulait abondamment hors de mon corps, mais étrangement aucune panique me prit, j’avais juste besoin de rentrer chez moi, juste besoin de guérir. Je l’aurais sentie si c’était mortel, là… Hors mit l’estomac et quelques organes secondaire, il n’y aurait rien qui me tuerait avant que mon corps retrouve la pleine possession de ses moyens.

Conscient que je n’étais pas seul, je mis toutes mes forces à me relever, mais je ne fis que tituber jusqu’à un mur ou je dus me retenir, tant bien que mal. « C’est ok… Je vais rentrer chez moi. », je ne devais pas mettre les pieds dans un hôpital, non, car si c’était le cas, on allait me trouver, on allait me trouver et me tuer. On allait me tuer si en arrivant à l’hôpital et après à peine quelques soins j’étais de nouveau sur pied. Je ne pouvais pas aller à l’hôpital, je devais boire jusqu’à perdre connaissance et demain tout irait mieux. Oui, voilà, c’était le plan… Sauf que j’étais incapable de bouger, sauf que je perdais beaucoup trop de sang. J’allais mourir après avoir survécu à ça ? J’allais mourir pour ça ? Non, je ne pouvais pas mourir, c’était injuste.

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Posté le Mar 17 Juil - 10:20
Quoi qu’il sache déjà que ce serait complètement inutile, Yerathel se surprit à resserrer davantage son emprise sur le bras de l’homme à ses côtés, dans l’espoir un peu vain qu’il resterait avec lui. Il essaya même de mettre en oeuvre toutes ses forces pour débarrasser le jeune homme de sa rage. Mais les choses allèrent si vite que l’occultiste eut tout juste le temps d’effleurer la paume de sa main du bout des doigts qu’il avait déjà disparu de toute emprise. Après un soupir agacé, Yerathel se tourna à son tour pour faire face au crétin qui semblait décidé à gâcher sa soirée et n’eut droit qu’au spectacle de Thomas le frappant comme l’idiot qu’il était. Oh, il comprenait la colère, peut-être même qu’il comprenait un peu la haine même s’il ne l’aurait pas admis si facilement. Mais y répondre de cette manière… Il fit quelques autres pas pour s’approcher du duo, mais revint rapidement sur cette décision alors que les deux hommes s’engageaient dans un combat relativement acharné. Et quand bien même il avait techniquement les capacités physiques de leur résister à tous les deux et même de les maîtriser assez facilement, il resta planté en arrière avec son air à la fois choqué et inquiet jusqu’à ce que le type bourré ne se décide à partir. Quel mal cela pouvait-il faire, après tout, si Thomas exprimait un peu de toute cette rage qu’il contenait sur un plus gros crétin que lui ? Il se sentirait un peu mieux après ça, n’est-ce pas ?

L’ambiance changea drastiquement quand l’homme se décida à prendre la fuite et qu’une seconde plus tard, le pianiste tombait à genoux sur le sol. Aussitôt, la panique envahit Yerathel qui se précipita à ses côtés, juste quand il parvenait à se remettre debout pour tituber jusqu’au mur le plus proche. Le mage le suivit jusque là et quand bien même il risquait d’être victime de la colère du musicien, il s’empressa de glisser un bras autour de sa taille pour le soutenir. Une tâche sombre couvrait déjà l’avant de son t-shirt et du sang s’échappait douloureusement au coin de ses lèvres. Assez de détails pour que Yerathel comprenne que la situation avait fait plus que lui échapper. “Rentrer chez toi ?!” s’offusqua-t-il aux quelques mots que le jeune homme parvint à lâcher. Fallait-il qu’il soit vraiment idiot pour rester aussi stupidement fier dans un moment pareil ?! “Ne raconte pas n’importe quoi, il faut que tu ailles à l’hôpital ! Immédiatement !”

Et peut-être que Thomas l’agaçait dix fois sur onze, peut-être qu’il le traitait sans arrêt d’idiot et d’autres petits noms pas toujours très affectueux et qu’il rêvait parfois de pouvoir l’étrangler de ses propres mains, mais tout à coup, Yerathel se sentait vraiment mal à l’idée qu’il arrive quelque chose de grave à ce crétin. La panique l’envahissait au point qu’il n’était pas sûr de l’ordre dans lequel faire les choses et il se décida finalement à renforcer son emprise sur le jeune homme pour l’attirer vers le sol. “Assieds-toi.” Sa poigne était ferme, suffisamment pour qu’il n’ait pas vraiment de résistance en face. Il n’attendit pas d’avoir l’autorisation pour soulever le vêtement que portait Thomas et s’offrir une vue imprenable sur la plaie sur son abdomen. “Oh mon Dieu….” souffla-t-il à voix basse, tandis qu’il s’empressait de retirer sa veste pour la presser sur la blessure. “Je te déteste tellement parfois…” continuait-il sur le même ton paniqué alors qu’il essayait désespérément de retrouver son téléphone portable. “Espèce de stupide, stupide et sexy petit crétin…” Mais qu’avait-il fait de ce foutu téléphone ?! “Je te jure que si tu meurs, je te le ferais payer très cher.” Il retrouva enfin son téléphone dans la poche de la veste qu’il continuait de presser contre la blessure de Thomas. Il eut bien du mal à déverrouiller l’appareil avec ses doigts tremblants et couverts de sang.

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Posté le Mar 17 Juil - 10:48
Il me soutenait, je n’arrivais plus à faire deux pas, j’avais mal, vraiment, mais je n’allais pas mourir, pas si je rentrais chez moi et bien sur que ça semblait complètement stupide pour l’homme qui ne voyait que l’hôpital pour me sauve, mais j’allais mourir, dès l’instant ou les autres sauraient qu’un homme a guérit tout seul, ils sauraient, et je mourrais. La peur commença à me ronger entièrement alors que j’y pensais. Je n’étais pas en position de force, ce n’était pas rien vu de l’extérieur. Il y avait eu deux coups, dont un plus violent que l’autre. Comment faire comprendre à l’homme que ce n’était rien, comment lui faire comprendre que je n’allais pas mourir. Ca serait mortel pour un humain, mais pour moi… Ce qui était vitale serait soigné rapidement et en quelques heures, l’hémorragie cesserait. « Non ! », soufflais-je avec le plus de conviction que je pus, avec le plus de force qu’il me fut donné d’avoir.

Mais il ne l’entendrait pas comme ça, il me força à rejoindre le sol, il me força à m’asseoir sans que je puisse lutter et il prit connaissance des dégâts. Je devais être suffisamment amoché pour qu’il jure ainsi, pour qu’il se batte avec sa veste pour la poser sur mes blessures, pour m’insulter presque au passage d’être aussi stupide. Non, je n’étais pas stupide, du moins ca ne serait pas stupide tant que je n’allais pas à l’hôpital. Il sortit son téléphone et je tendis presque aussitôt le bras pour y refermer mes doigts. Il ne pouvait pas, il ne devait pas. « Pitié appels personne, je dois pas aller à l’hôpital. », je tremblais, et je savais pas si c’était la peur, ou la douleur qui faisait ça. Mais j’étais tétanisé. Tout s’arrêterait à l’instant même ou l’on me sortirait d’affaire. Tout s’arrêterait à l’instant même ou théoriquement, la mort ne m’aurait plus trouvé. Ils sauraient, ils mettraient un nom, un visage sur ce que j’étais. Ils me traqueraient et me tueraient. Je ne pouvais pas. Des larmes commencèrent à perler au coin de mes yeux alors que je reprenais, « Ça va aller, pitié crois moi, je veux juste rentrer chez moi… ». Et je ne voulais pas m’en prendre à lui, je ne voulais pas qu’il soit victime de moi, de mon pouvoir. Je voulais simplement qu’il rentre et ça irait.

Mais je devais trouver quoi dire, quoi faire, je devais lui mentir, faire quoi que ce soit pour ne pas qu’il me conduise droit à la mort, « Mon père est chirurgien ! Il faut l’appeler lui, pas l’hôpital. », il ne devait rien comprendre, j’avais dit que mon père n’était plus là, et là je demandais mon père, mon père adoptif certes, mais pour le peu qu’il n’est pas ces information, il ne comprendrait rien. Et bien au de-là de ça, mon père n’était pas médecin. Personne ne me soignerait si ce n’est moi. « Je t’en supplie… Je ferais tout ce que tu veux… Juste… Pas l’hôpital… », ma conscience se brouillait bien trop, la douleur s’intensifiant toujours un peu plus alors que le sang se déversé hors de ma plaie. J’allais en manquer, et même si ma régénération m’aiderait à tenir en produisant toujours ce qu’il faut, j’en manquerais quand même. Je prenais du temps à guérir, du temps à réduire les dégâts, mais j’y arriverais. « Pas l’hôpital », soufflais-je à nouveau, à demi conscient de ce qui se passait à présent. J’étais entièrement rongé par la peur, je ne voulais pas mourir, je n’avais pas subi tout ça pour crever à cause d’un homophobe. Je voulais rentrer chez moi. Ma tête bascula légèrement en avant, signe d’une perte progressive de conscience, signe d’un combat aussi pour rester éveillé. Lutter, lutter pour qu’il ne fasse rien, je devais lutter, « Ils vont… me tuer… », soufflais-je sans m’arrêter à ce qu’il pourrait comprendre ou non. Pour moi j’allais mourir, ils allaient me tuer. Il devait pas. Manquant de force, ma main retomba sur le sol, la douleur de sa chute ne frappant pas vraiment ma conscience. « Chez moi… », ils devaient me croire, même si jamais je ne pourrais expliquer ça, au moins aurais-je le temps de fuir si il était le seul à ne pas comprendre. Je devais tenir le coup pour qu’il me croit je devais faire illusion et ce même si mon corps s’endormait peu-à-peu pour se sauver lui-même.

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Posté le Mar 17 Juil - 11:52
Alors qu’il luttait pour taper le dernier un, nécessaire à un appel aux urgences, une main tout aussi tremblante que la sienne se referma sur le bras de l’homme. Son attention fut aussitôt détournée du téléphone et ses yeux légèrement brillants se posèrent sur le jeune homme qui le suppliait de ne pas appeler les secours. Pourquoi fallait-il que ce type soit si borné ? Et qu’avait-il contre les hôpitaux, d’abord ? Yerathel ne comprenait pas grand chose à ce qui se passait en ce moment et, à vrai dire, il n’était plus très sûr de qui paniquait le plus entre Thomas et lui. Il maîtrisait relativement bien son pouvoir d’empathie généralement, mais certaines situations réduisaient à néant chacun des efforts qu’il faisait depuis plus de deux mille ans pour ne pas se laisser submerger par ce don. Et actuellement, il n’arrivait absolument pas à gérer ce qui affluait dans son cœur. Et Thomas continuait de le supplier et de dire des choses qui n’avaient franchement aucun sens aux yeux du mécène. Il ne savait pas quoi faire, mais rester ici à laisser le pianiste se vider de son sang n’était définitivement pas une solution. La panique se déversait librement dans ses veines, au point qu’il ne parvenait plus du tout à réfléchir. “D’accord, d’accord…” souffla-t-il en appuyant un peu plus fort sur le vêtement qui contenait toujours faiblement l'hémorragie. “Tout va bien, je n’appelle pas.” assura-t-il, son poing serré sur le téléphone dont il ne voyait même plus l’écran. Il n’arrivait pas à croire qu’il soit vraiment en train d’accepter ça.

D’une façon ou d’une autre, Yerathel parvint même à ranger complètement le téléphone, qui termina dans la poche de son jeans beaucoup trop près du corps pour que ce soit réellement confortable. Il n’eut pas vraiment la conscience d’en être gêné et avant qu’il ne réalise ce qui se passait, les doigts de sa main désormais libre coururent sur le visage du jeune homme. “Ça va aller..” répéta-t-il stupidement. La panique commençait à s’atténuer légèrement et ça n’était finalement pas une bonne nouvelle, car il comprit rapidement que ça n’était dû qu’à une chose : le musicien perdait peu à peu connaissance. “Thomas ? Thomas, hey, regarde-moi s’il te plait.” souffla-t-il en se penchant davantage sur lui. Il continuait de souffler des mots dont Yerathel n’était pas certain de comprendre le sens - qui allait le tuer, au juste ? - mais dont il n’arrivait pas non plus à se soucier vraiment. L’important restait que le jeune homme refusait d’aller ailleurs que chez lui et dans son état actuel, l’occultiste voyait mal comment ils pourraient traverser la moitié de la ville pour rejoindre l’appartement du jeune homme.

La seule solution s’imposa trop rapidement au goût du mage. Les larmes lui brouillaient la vue et malgré la peur de moins en moins prégnante de Thomas, ses pensées s’accordaient encore difficilement. Mais que pouvait-il faire d’autre ? Il arrêta tout ce qu’il faisait pendant un instant, seule sa main désormais tâchée de sang continuait de compresser sa veste sur le ventre du jeune homme. Il ferma les yeux et essuya ses joues trempées de larmes de sa main libre, inspirant profondément dans l’espoir de retrouver un peu de contenance. Vu l’état dans lequel se trouvait Thomas, il parvint à se convaincre que ce ne serait pas difficile de lui mentir, de lui faire croire qu’ils étaient rentrés en taxi et que le jeune homme avait simplement oublié tout ça. Mais la partie la plus compliquée était d’utiliser réellement son pouvoir, dont il se passait très bien depuis… cinquante six ans maintenant. Mais il n’avait pas le choix. Quand il rouvrit les yeux, il se força à afficher un air déterminé, quoiqu’il soit complètement feint. De nouveau, il posa sa main sur le visage du jeune homme et caressa sa joue un instant. Le geste restait léger, presque irréel et peu à peu, il sentait son cœur se remplir de la peur et de la douleur qu’il dérobait au musicien pour l’aider à se calmer et à lâcher prise complètement. “Tout ira bien, c’est promis.” souffla-t-il, sa voix encore peu assurée, peut-être même davantage tremblante sous les émotions de Thomas qui devenaient doucement les siennes. “Je suis là, je vais m’occuper de toi.” Il essayait surtout de se rassurer lui-même, à ce niveau et il ferma encore les yeux pour essayer de visualiser l’appartement du jeune homme.

Il y eut quelques secondes de flottement. La panique, la peur et la douleur le submergeaient complètement et son cerveau totalement dysfonctionnel sous cette affluence désira soudainement un endroit où il serait à l’abri, un endroit où il se sentirait protégé et apaisé. Quand il rouvrit les yeux, ils reposaient tous les deux sur le sol de son propre salon, bien loin de l’appartement du musicien dont il n’avait pas réussi à conserver une image nette. Mais au moins, il avait réussi. Il essuya encore ses larmes avant de s’activer et parvint presque miraculeusement à prendre Thomas dans ses bras et à se remettre debout pour emmener l’homme jusque dans sa chambre. Il l’allongea sur le lit et lutta quelques secondes de plus pour lui retirer son t-shirt, ses chaussures et son jeans. Une autre caresse évacua encore un peu de douleur, ce qui le força à s’asseoir une seconde pour accuser le coup. Quand il parvint à retrouver un peu de ses forces, il fila jusqu’à la salle de bain pour mouiller une serviette qu’il revint poser sur la plaie du jeune homme. Assis à ses côtés, il était à cours d’idées et de compétences pour l’aider davantage. Et il réalisa soudainement que, d’ici quelques heures tout au plus, il se retrouverait avec un cadavre dans son lit. Ses larmes redoublèrent à cette idée. “Pitié, ne meurs pas…” supplia-t-il assez inutilement.

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Posté le Mar 17 Juil - 12:25
Quelque part, dans le brouillard de mon esprit, je compris qu’il n’appellerait pas, mais il pouvait toujours m’y conduire en pensant bien faire. Mais il ne devait pas, et ma conscience glissa bien rapidement entre mes doigts, j’allais sombrer, qu’il le veuille ou non j’allais sombrer. Je n’étais déjà plus capable de garder les yeux ouvert, je n’étais déjà plus capable de garder pied avec la réalité. Je ne réalisais plus vraiment ce qui se passait, la suite m’échappant complètement au point que je fus à peine capable de dire que j’étais dans un lit, et que rien autour de moi ne semblait être un hôpital. La seule crainte que j’avais était bien que cela ne soit qu’une nouvelle illusion, mais ma peur, comme ma douleur recommença à m’échapper. Je perdis complètement connaissance, mon état se dégrada jusqu’à ce que ma respiration elle-même ne soit plus qu’un souffle, que les battements de mon coeur soient à présent incertain. Mon corps me fit sombrer dans un coma dont plus aucun songe ne régnait, sans doute était-ce là une façon de me sauver, je n’en savais rien. J’avais juste perdu connaissance, j’avais juste perdu tout espoirs. J’avais besoin de me soigner. Le sang fut la première chose à revenir, à affluer de nouveau comme pour reprendre le dessus, puis les organes lésaient se restaurèrent d’eux-même, les muscles se reformèrent et finalement la peau effaça les stigmates même de mes blessures. Pour avoir était lent, ça l’avait été, plusieurs heures à agoniser avant qu’enfin ma respiration soit de nouveau forte, que mon coeur batte à nouveau à un rythme décent.

Ma conscience me revient et si la douleur en fit de même, c’était une douleur presque rassurante, celle du faim aboutissant simplement au travail d’un corps pour réparer ses blessures. J’eus pourtant encore un peu de mal à reprendre le fils, un peu de mal à trouver le courage d’ouvrir les yeux. Ce fut finalement le gout amère du sang séché dans ma gorge qui me tira de mes songes, me forçant à me redresser pour tousser, me forçant à ouvrir les yeux pour voir du sang partout. « Qu’est-ce que… », commençais-je à dire avant de le voir lui. Pourquoi était-il ici ? Pourquoi ce n’était pas ma chambre ? Pourquoi autant de sang ? Un mal de crâne infernale me prit la tête alors que je me redressais un peu plus, le corps courbaturé et une légère douleur à l’abdomen. Posant une main sur mon ventre, je découvris une serviette poisseuse de sang. Et pourquoi j’étais en boxer dans son lit. M’extirpant du lit encore tremblant, je sentis la serviette glisser le long de mon corps pour me révéler un ventre marbré de sang, mais sans aucune blessure pour le justifier.

C’est à cet instant que mon esprit reprit le dessus, faisant un lien entre chaque éléments pour me rappeler ce qu’il s’était passé. L’homme, la ruelle, l’alcool, la bagarre, l’arme et … L’angoisse me saisit à nouveau la gorge alors que de toute évidence il y avait un témoin, et une nouvelle fois la peur transperça la douleur pour la dominer. Le regardant lui, je posais une main sur mon ventre, cherchant à cacher ce qui avait été si flagrant à ses yeux, « C’était pas aussi grave… et c’est pas ce que tu crois. », pourquoi je ne prenais tout simplement pas la fuite ? Pourquoi j’avais besoin de justifier ? Pourquoi j’étais pas déjà partie ? Et pourquoi il avait l’air si abattus. Reculant un peu plus, je ne trouvais aucun moyen de justifier, je ne trouvais aucun moyen de m’en sortir. « Appels pas la police s’il te plait ! » demandais-je avec un peu plus de force. Je devais avoir le temps de fuir avant que les autres apprennes, avant que l’on sache ce qui avait pu se produire, avant que les autres apprennent, comprennent que bien que je ne sois pas un humain, qu’ils comprennent que je devais mourir. Il devait me laisser du temps, du temps pour fuir. « On avait bu hier hein ?! Vraiment bu ! », et il pouvait se passer tout un tas de chose dans la tête de quelqu’un ayant bu. Je voulais simplement qu’il gobe tout ça pour me laisser fuir, pour me laisser tout abandonner. J’allais devoir tout abandonner pour vire ? J’allais devoir vivre caché ? Ne plus pouvoir jamais jouer ? J’allais devoir perdre ma famille pour un homophobe, pour une connerie. Pleurant malgré moi, je fixais toujours l’homme, espérant pour qu’il croit quoi que ce soit. Espérant qu’il me laisse vivre, qu’il ne me condamne pas.

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Posté le Mar 17 Juil - 12:59
Dans l’incapacité de faire mieux, de faire plus, Yerathel finit par s’étendre aux côtés du musicien inconscient. D’une main, il continuait de presser la serviette sur sa plaie, quoique la sang s’échappe quand même et ne recouvre leur peau à tous les deux et les draps. Son autre main, elle reposa sous sa propre tête qu’il appuya sans gêne contre l’épaule nue de l’homme et, de ce seul et léger contact, il continua de se concentrer autant que possible pour faire barrière à la douleur. Il n’avait plus assez de forces pour continuer d’user de son don d’imprégnation et parler en même temps, aussi mit-il fin à la litanie désespérée qui échappait à ses lèvres et se contenta de pleurer en silence contre le corps de Thomas. Et doucement, une seconde après l’autre, toute son énergie fut drainée au point qu’il s’endorme, sans trop savoir à quel moment, sans pouvoir vraiment lutter. Ses larmes avaient fini par se tarir et son pouvoir par ne plus faire aucun effet, mais il ne se rendit compte de rien. Il ne rouvrit les yeux, brusquement, que lorsque la surface dure et chaude, rassurante, contre laquelle il se reposait lui fut violemment arrachée. Et tout à coup, le soleil filtrait faiblement au travers des rideaux de sa chambre et Thomas se tenait devant lui. Debout, à moitié nu, la peau tâchée de sang et plus aucune trace d’une blessure mortelle sur son ventre. Yerathel se redressa soudainement dans le lit, son regard affolé parcourant le corps du jeune homme qui tâchait déjà de masquer la vérité à ses yeux. Son propre coeur se mit à battre plus fort, à un rythme difficilement supportable. Une vague d’angoisse gonfla entre eux et déferla avec la même violence que le souffle s’échappait de l’occultiste. La brume du sommeil et de l’épuisement s’envola elle aussi. C’était impossible. Il ne pouvait pas être en vie, parfaitement guéri. Il ne pouvait pas. À moins… à moins qu’il soit…

D’un bon, ce fut au tour de Yerathel de se trouver sur ses pieds, toujours collé à son lit, aussi loin que possible de Thomas qu’il ne lâchait plus des yeux. “Non…” souffla-t-il, sans se soucier de ce que disait le jeune homme. Il l’inspectait sous toutes les coutures, retenant son souffle, retenant les pensées qui affluaient malgré lui à son esprit. “Non, non, non, ce n’est pas possible… Tu… Non…” Il ne voulait pas y croire. Ça n’était arrivé qu’une fois. Plus de deux mille ans s’étaient écoulés et Yerathel n’avait connu qu’une seule autre personne qui puisse… Il tremblait. Il le sentait, il le savait sans vraiment comprendre comment, mais il savait qu’il tremblait. Et il luttait, encore et encore, alors qu’une étincelle brillait tout à coup dans son cœur. minuscule, mais suffisamment violente pour allumer la flamme vacillante d’un espoir qu’il ne voulait pas - ne pouvait pas - s’offrir. Il voulut pleurer encore, mais son corps en était devenu incapable. Et la peur posa son voile sur ce petit espoir qui se battait pour survivre. Son propre instinct de survie prenait le pas sur tout le reste, y compris le bonheur un peu fou de se réveiller un matin en sachant qu’il n’était plus tout à fait seul. Le visage de Nakula, le corps sans vie de sa mère, les siècles à se cacher loin du monde surnaturel pour échapper aux Traqueurs et à Enora, tout cela lui revint en plein visage d’un seul coup. Il ne pouvait pas.

Il s’offrit quelques secondes pour retrouver le contrôle de sa voix. Il tremblait toujours, mais il parvint à parler sans que ce ne soit trop pathétique. “Beaucoup trop, oui.” Il aurait voulu mettre un semblant d’amusement dans sa voix, mais il se félicitait déjà d’avoir réussi à parler. Il ne fallait pas trop en demander d’un seul coup. Son regard balaya brièvement les draps couverts de sang avant de se reposer sur les mains fermement plaquées sur le ventre de Thomas. La plaie entièrement disparue qu’il essayait de cacher. Il se força à remonter sur ses yeux rapidement. “J’imagine au moins qu’on n'a pas fait l’erreur stupide de coucher ensemble.” souffla-t-il, ses mots suivis d’un rire affreusement pathétique qui sonnait comme tout sauf amusé. “Comme je suis toujours habillé.” expliqua-t-il, comme s’il y avait vraiment besoin de continuer cette mascarade. Il essayait vraiment très fort de ne pas s'y attarder, mais à la peur continuait de se mêler cette dangereuse pensée : il est comme moi, il est comme moi... De toutes les choses dont il aurait pu rêver...

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Posté le Mar 17 Juil - 13:39
Plus il parlait, plus j’avais peur, peur qu’il n’y croit pas, peur qu’il cherche à savoir, peur de mourir. J’avais encore reculé, butant contre un meuble alors qu’il confirmait notre consommation d’alcool, alors que son regard me détaillait parfaitement. Mes doigts se crispèrent d’ailleurs sur la peau à nouveau lisse de mon ventre, comme pour cacher un peu plus les dégâts et avant que je n’ai pu fuir, et disparaitre, il souligna le fait que l’on n’avait pas couché ensemble, au vu de sa tenue du moins. Que voulait-il dire ? Qu’attendait-il ? J’étais perdu, j’avais peur d’être tombé sur la mauvaise personne. À aucun moment il pouvait croire que c’était vrai. Le sang… Tous ce sang… Je me sentais toujours paralysé, tétanisé à l’idée qu’il puisse garder son calme pour mieux me poignarder. Ce monde, ce que je découvrais était tellement différent de ce que j’avais connu durant toute ma vie et inconsciemment je voyais du danger partout, à chaque réaction, d’autant plus aujourd’hui. Ne pas s’en offusquer pour mieux poignarder ou autre chose ? Autre chose que je refusais pour le moment de voir, de croire vrai. L’angoisse de mourir prédominé tout, m’aveuglait presque face à ce qui aurait put-être évident.

Cherchant mes affaires du coup de l’oeil, je reviens rapidement vers lui, souriant faussement, manquant très certainement de conviction quand je repris, « Ça m’a pas empêché de me déshabiller, j’ai… J’ai du être insupportable. », je n’avais aucune assurance, des larmes continuant à perler le long de mes joues alors qu’aucun des vêtements que je voyais d’ici me permettrait de sortir dehors. Il y avait du sang partout. « Je… J’ai besoin de prendre une… Une douche… », expliquais-je avant de lui tourner enfin le dos pour m’isoler dans la salle de bain que je ne pris même pas la peine de fermer tant je ne savais plus me servir de mes mains. Je tremblais, beaucoup trop même pour réussir à nettoyer mon visage correctement. Il y avait du sang partout, même mon dos en était couvert, comme si le tissus de ses drap n’avait même pas su éponger le sang qui coulait de la plaie.

Mon incapacité à ne serais-ce qu’effacer une tache de sang me fit d’ailleurs fondre en larme. Me faisant m’écrouler contre la baignoire en continuant de frotter ce que je pouvais. Mais je n’y arrivais pas, tout simplement car pour la première fois de ma vie, quelqu’un savait. Et ce n’était pas Grace. C’était quelqu’un que je connaissais, quelqu’un qui faisait partie de ma vie et qui à présent en savait bien trop. C’était quelqu’un que je ne pourrais pas convaincre aussi facilement, quelqu’un que je ne pourrais plus voir. Quelqu’un qui pourrait tout dire et me condamner. J’allais mourir alors que je ne voulais pas ce ce monde. Il fit d’ailleurs son entrée dans la salle de bain, et je me refusais à le regarder, mes larmes coulant bien trop sur mes joues. « N’appels pas les flics… », à moins que ce soit déjà fait. À moins qu’il y ait déjà quelqu’un en route. Je voulais retrouver ma vie avant tout ça, ma vie ou rien n’était compliqué, ma vie d’humain et non d’Altéré. Je voulais pas d’un père sorcier, je voulais pas faire partie de cette guerre. Je voulais simplement vivre, simplement avoir un peu de reconnaissance, ne plus être mit de côté. Je voulais pouvoir jouer de la musique sans jamais devoir me cacher. Je ne voulais pas finir comme ça, je ne voulais pas que ça s’arrête, je ne voulais pas finir par vivre dans cette peur, c’était trop, c’était impossible même. Comment j’étais censé survivre à ces épreuves ? De toute façon la question ne se poserait plus, d’ici ce soir - sans doute - ceux que Grace détestait le plus auraient mit fin à mes jours.

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Posté le Mar 17 Juil - 14:47
Peu à peu, Yerathel commençait à comprendre bien des choses. Le caractère étrange du jeune homme, ce besoin qu’il avait de toujours se défendre de la moindre tentative d’approche… Les points se connectaient un à un et laissait l’occultiste avec le sentiment de plus en plus fort d’un espoir nouveau. Mais il continuait d’avoir peur. En dépit du bon sens et de tout ce qui faisait de Thomas une valeur plus sûre que ses précédentes expériences avec le monde surnaturel, il craignait que le jeune homme se retourne contre lui, que cette possibilité de trouver un allié ne lui soit brusquement arraché. Et tandis qu’une part de lui rêvait de dévoiler la vérité dès maintenant, de dire à l’homme de ne pas paniquer car ils partageaient le même secret, il n’arrivait pas à s’y résoudre. Il parvenait tout juste à se tenir debout et à respirer, à vrai dire. Raison pour laquelle il n’eut pas l’occasion de retenir Thomas tandis que celui-ci prenait la fuite pour se réfugier dans la salle de bain. Un désagréable air de déjà-vu frappa Yerathel et ce fut assez violent pour le remettre en mouvement. Ou peut-être était-ce seulement de ne plus sentir le regard de Thomas peser sur lui qui l’aida à respirer de nouveau. Il s’anima comme poussé d’une force qu’il ne contrôlait pas et sortit de la chambre avant même de savoir ce qu’il voulait faire. En moins d’une minute, il se tenait derrière la porte de la salle de bain laissée entrouverte et posa une main dessus, mais fut de nouveau paralysé avant d’oser y entrer. Peut-être que lui se sentait seul depuis longtemps, peut-être qu’il entretenait l’espoir secret de trouver quelqu’un qui puisse le comprendre et porter avec lui ce fardeau… Mais ça n’était pas forcément le cas de Thomas. Et que ferait-il si le pianiste décidait de le repousser ? Il sentait déjà qu’il ne s’en relèverait pas alors il hésita à aller plus loin. Il pouvait aussi continuer le jeu qu’ils s’efforçaient de mettre en place maintenant et ne plus jamais repenser à cette nuit, ne plus jamais se revoir non plus…

Presque aussitôt que cette pensée lui brisa le coeur, des sanglots éclatèrent de l’autre côté de la porte et son âme déjà torturée se fissura un peu plus. Il connaissait cette crainte de s’être dévoilé et d’imaginer le pire, la mort qui attendrait au coin de la rue et le rejet. Il n’était pas sûr de ce qui était le pire à ses yeux, mais il savait par contre que la douleur de Thomas était si forte qu’elle traversait la porte et s’enfonçait directement dans son cœur et qu’il ne pouvait la supporter plus longtemps. Il poussa la porte timidement et alla s’agenouiller devant l’homme. Il tendit ses doigts tremblants vers lui et caressa son bras nu, trempé de sang et d’eau, alors que Thomas le suppliait de ne pas appeler la police. “Je ne vais pas les appeler. C’est promis.” souffla-t-il tandis que ses doigts continuaient de remonter doucement sur le bras du jeune homme. Il se montra un peu plus courageux une fois arrivé à l’épaule et permit à ses doigts de glisser sur la mâchoire de Thomas, qu’il pressa aussi doucement que possible tout en l’incitant à relever les yeux vers lui. “Je suis heureux que tu ailles bien.” avoua-t-il. À défaut de pouvoir exprimer d’autres vérités, il pouvait au moins lui donner celle-là.

Plus légèrement qu’il ne l’avait fait les deux fois précédentes, il tâcha de s’emparer d’un peu de l’angoisse du jeune homme tandis qu’il continuait ses caresses, de l’apaiser un peu sans s’épuiser davantage. “J’ai eu tellement peur de te voir mourir dans mes bras, c’était…” Il sentit sa voix trembler avant de pouvoir en dire plus et préféra s’arrêter tant qu’il conservait encore un peu de calme et de dignité. Il ne se sentait certainement pas prêt à faire l’aveu de ce qu’il était au musicien, mais il se laissait doucement gagner par la possibilité de lui laisser une chance. “Je ne parlerai jamais à personne de ce qui s’est passé cette nuit, Thomas.” souffla-t-il en laissant ses doigts retomber sur son bras. “Je te le promets. Tu n’as rien à craindre.” Il savait que ce ne serait pas si simple de gagner la confiance du jeune homme, mais il était plus sincère qu’il ne l’avait été depuis des années, peut-être des siècles. Il ne ferait jamais rien qui puisse mettre en danger quelqu’un qui traverse la même malédiction que lui, jamais. Il n’avait pas trahi Enora, il ne trahirait pas Thomas, qu’importe que leur relation soit bien différente de celle qu’il entretenait autrefois avec l’occultiste.

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Posté le Mar 17 Juil - 15:36
Je sursautais légèrement en sentant sa main sur ma peau, fermant les yeux en craignant le payer à tout instant. Il avait beau dire qu’il n’appellerait pas la police, j’avais cette peur qui me rongeait, bien qu’une fois de plus, son contact me soulagea légèrement. J’avais relevé les yeux sans pour autant vraiment le voir, les larmes me refusant une vision net de l’homme. Il avait eu peur que je meurs, était-il sincère ? Sa voix tremblait et je ne comprenais pas vraiment pourquoi. Pourquoi il n’éloignait pas ce qu’il venait de voir, pourquoi il ne me rejetait pas. J’avais paniqué la première fois que j’avais vu Grace, j’avais eu peur, et lui il restait calme, il semblait réellement touché par les événements sans que je ne comprenne réellement pourquoi. Il promit une nouvelle fois de ne pas parler de ce qui était arrivé cette nuit, mais comment le croire ? Comment savoir si il disait la vérité, si il allait bien garder sa langue dans sa poche. Que personne ne saurait jamais qu’un homme sur terre sait se régénérer. Que ce qui pourrait être une avancé scientifique ne serait pas révéler. Et il avait beau me dire que je n’avais rien à craindre, j’avais toujours cette peur d’entendre taper à la porte, cette peur que tout s’arrête uniquement car je n’avais pas su rester à ma place. Si je n’avais rien dit, si je n’avais pas voulu défendre ce que j’étais ce que Nolen était, nous n’en serions pas là. Il ignorait que quelque chose clochait et je n’aurais pas à vivre avec une peur réelle, quoi qu’adoucit au ventre.

J’avais envie de le croire, j’avais vraiment envie que ce soit vrai, mais malheureusement… Passant une mains sur le visage pour effacer mes larmes - et marquer un peu plus ma peau de sang - et pouvoir le voir réellement, pouvoir chercher ne serais-ce qu’une infime vérité, « Comment je suis censé te croire ? Je me suis régénéré pendant la nuit, j’aurais du mourir ici, j’ai perdu plus de sang que je n’en avais, comment je suis censé croire que ça n’aura aucune répercussion ? », demandais-je la voix noué. Il était couvert de sang, de mon sang. J’étais couvert de sang aussi, comment c’était censé bien ce passer en cet instant ? Comment il pouvait garder son calme. « T’es censé crier, t’es censé pas comprendre, t’es censé me mettre dehors… T’es pas censé me rassurer là maintenant. », je voulais comprendre pourquoi il voulait me faire croire à tout ça. Pourquoi il voulait me faire croire qu’il acceptait ? Comment il pouvait le faire ? Je n’avais pas vraiment l’habitude que ce genre de chose passe. Je n’avais pas non plus l’habitude qu’on le sache, que quelqu’un connaisse tout ça.

Glissant une main sur sa main, je m’y accrochais avant de demander, « Pourquoi tu fais ça ? », pourquoi lui ? Pourquoi il agissait comme ça ? Pourquoi il voulait garder le secret ? Pourquoi je voulais y croire ? Pourquoi je voulais croire qu’il puisse ne rien dire ? Pourquoi prendre ce risque ? Si je ne partais pas, si je ne disparaissais pas, j’allais mourir d’une façon ou d’une autre, même si je voulais sincèrement croire en lui, comment je pouvais être sur ? Comment je pouvais être certain que dans un moment de doute, il ne jouerait pas contre moi ?

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Posté le Mar 17 Juil - 16:04
Si les doutes de Thomas lui apportèrent une certaine déception, il ne put prétendre que ça l’étonnait. Il n’y aurait pas cru non plus, jamais. Que quelqu’un connaisse son secret et choisisse de ne pas s’en servir contre lui, c’était… Impossible. Inespéré. Il savait que Nakula l’avait aimé sincèrement. Il savait aussi qu’il avait eu peur et n’avait pas hésité à prévenir son père dès que l’occasion s’était présentée. Il n’aimait pas Thomas. Il ne l’appréciait même pas vraiment. Et sans aucun doute, ce sentiment était partagé. Alors pourquoi garder ce secret ? La réponse était simple. Les mots se bousculaient plus aisément les uns que les autres dans l’esprit de Yerathel. Il savait très exactement ce qu’il pouvait dire pour convaincre l’homme face à lui, couvert de sang et de larmes, paralysé par la peur, que jamais il ne dévoilerait son secret à quiconque. Il aurait même pu lui offrir un million de preuves pour appuyer ses promesses. Mais quand bien même il disposait de ce pouvoir et combien il rêvait que cette honnêteté soit possible, ses propres doutes continuaient de peser dans la balance. Peut-être était-il prêt à protéger le secret de l’un de ses semblables... mais Thomas le serait-il, lui ? La seule personne à qui il se soit jamais confié l’avait trahi. Il n’y avait aucune raison de croire que ça n’arriverait pas cette fois encore. Surtout quand on connaissait le pianiste, quand on savait à quel point il était prêt à tout pour se protéger lui-même.

“Parce que je sais ce que tu es.”
souffla-t-il pourtant. Sa voix tremblait encore, ses doigts s’enfonçaient légèrement dans la peau de l’homme, il semblait manquer de souffle et c’était le cas. “Je sais ce que tu es et ce que tu risques si quelqu’un d’autre l’apprend.” Il essaya de se concentrer un peu plus fort pour évacuer davantage de l’angoisse et de la peur qui accablaient le jeune homme, mais il n’y arrivait pas. Les forces commençaient à lui manquer sérieusement. Il aurait voulu que ce soit plus simple, qu’il puisse tout lui dire sans avoir peur, mais ça non plus il ne pouvait pas. Et il avait conscience, aussi, que de savoir une telle chose n’avait rien d’anodin. Qu’il devrait s’expliquer, se justifier, mais il n’arrivait pas à se concentrer non plus pour trouver un mensonge convaincant. Il hésita alors. Pas à dire la vérité, pas totalement du moins, mais à lui parler d’Enora, lui dire qu’il n’était pas le premier occultiste qu’il rencontrait. Qu’il ne sortait pas ces connaissances de nul part. Ça aurait pu fonctionner. Il aurait pu le convaincre, peut-être, mais les mots restaient coincés dans sa gorge. Ils portaient d’autres questions auxquelles il ne saurait pas quoi répondre.

“Fais-moi confiance, ton secret est sauf avec moi.” assura-t-il une fois de plus. Sa main libre se posa sur le visage du musicien et il essaya inutilement de le débarrasser de quelques taches de sang. “Si j’avais voulu te nuir, pourquoi est-ce que je resterais là à essayer de te calmer ?” demanda-t-il finalement. “Que puis-je faire pour te convaincre ?” Car c’était le plus important, n’est-ce pas ? Ce que Thomas attendait de lui maintenant et non pas ce qu’il pouvait réellement offrir ou non. Il continuerait de protéger son secret, aussi longtemps que possible, jusqu’à ce qu’il soit sûr, totalement sûr qu’il ne risquait pas sa propre vie à le révéler. Mais il pouvait essayer autre chose, jouer le rôle d’un simple humain ayant miraculeusement la connaissance de la vérité et qui ferait tout son possible pour prouver sa bonne foi. “Dis-moi comment prouver ma bonne foi et je le ferais.”

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Posté le Mar 17 Juil - 16:36
Il savait ? Il savait ce que j’étais ? Et ce que je risquais si quelqu’un d’autre venait à l’apprendre. Comment il pouvait savoir ? Comment il pouvait savoir ça ? Il connaissait Grace ? Il savait ce qu’elle était elle aussi ? L’angoisses diminua un instant avant de revenir en force, comme si son contacte et sa présence ne suffisait plus. Sans doute l’incompréhension de ne pas savoir comment il savait, l’incompréhension derrière tout ça jouait. J’avais des milliards de questions, mais aucune ne traversa ma gorge. Je restais là, tétanisé, à l’observer. Ill voulait que je lui fasse confiance, il voulait que j’y crois, mais c’était tellement difficile… Fermant les yeux en sentant sa main sur ma joue, je refusais d’ouvrir les yeux, même quand il reprit. Comment j’étais censé y croire ? Certes, il n’y avait aucune justification logique à sa présence ici. Il restait là à vouloir me rassurer, il restait à vouloir me convaincre de la vérité. Et je ne savais pas quoi lui demander, je ne savais même pas comment il était censé être au courant, Grace avait dit que nous étions peu, y en avait-il dans sa famille ? Quelqu’un d’autre dans ses proches en était ? La voix noué, je brisais finalement le silence, « Si tu parles je finirais comme cet homme sur cette vidéo. », prenant peur une nouvelle fois, l’air semblait vouloir me manquer et la main que j’avais posé sur lui fini sur ma gorge. Je ne savais pas comment il pouvait prouver ça, je ne savais pas ce qu’il pourrait faire.

Le repoussant légèrement, je me relevais légèrement tremblant, instable sur mes jambes tant la peur me déstabilisé. J’étais là, à observer ce qu’il y avait autour de nous, à voir les choses m’échapper, « Je sais pas quoi te demander, je sais pas comment on peut prouver quoi que ce soit là… », comment j’étais censé être crédible ? Comment j’étais censé avoir la moindre idée de quoi lui demander ? Je paniquais. Je commençais à tourner en rond presque, refusant de sortir de la pièce qui me donnait étrangement l’impression d’être en sécurité. « Personne sait, personne que je ne sois pas obligé de fréquenter. T’es le seul à savoir… Comment je suis censé savoir que tu vas pas vouloir me trahir ? Comment tu peux connaitre ce que je suis ?! Grace arrête pas de nous dire qu’on est peu… », qu’on est qu’une poignet à pouvoir sauver elle et sa race, qu’on est qu’un petit groupe à pouvoir les défendre. Et encore, on ne pouvait pas compter sur moi, j’étais faible, sans pouvoir, sans puissance. J’étais déjà loin de représenter l’idéal dont elle rêvait… Alors pourquoi me garder en vie. Même elle pouvait vouloir m’utiliser comme appât peut-être.

J’étais loin de toute cette stratégie, loin de cette vérité. Et j’étais loin de comprendre pourquoi il voulait tant me protéger. J’étais personne, juste un musicien, un investissement qu’il pourrait rembourser à tout instant en me vendant à ceux qui pourraient me tuer. Mais bien au delà de ça… « J’ai été le pire des enfoiré avec toi, la seule chose d’un peu respectable que j’ai fait pour toi c’était hier, le reste du temps, j’oscillais entre du harcèlement et du dédain… », j’avais été atroce avec lui et personne n’aurait agis ainsi dans le sens inverse. « Comment je suis censé croire qu’après ça et en sachant tu veuilles encore me protéger ? », une larme perla sur ma joue, mais aucune de ses soeurs ne suivit. Je ne pouvais pas, pas encore. Pourquoi il faisait ça, pourquoi si tout ça est vrai, il ne me poignardait pas ? Car il avait eu peur de me perdre ? Je ne méritais clairement pas ce qu’il me promettait de faire, j’avais rejeté toute forme de relation durable depuis le jours ou j’avais failli tuer Anya. Comment quelqu’un pouvait encore vouloir me sauver ? Pourquoi y croire.

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Posté le Mar 17 Juil - 17:17
Aucun des efforts de Yerathel ne suffisait et il approchait dangereusement de la ligne qu’il se refusait pourtant à franchir. La nuit avait été longue, compliquée, son énergie drainée entièrement dans l’espoir d’apaiser l’homme inconscient, de lui offrir une mort douce et sans douleur, sans crainte. Et maintenant, l’occultiste ne disposait plus d’aucune ressource pour contrôler ses pouvoirs ou les utiliser à bon escient. Il ne parvenait plus à prendre sa peur à Thomas et il n’arrivait pas mieux à empêcher les émotions d’affluer quand même, de se mêler aux siennes et de lui laisser un cocktail explosif entre les mains. Et une déclaration, simple et tellement cruelle, tomba au milieu du chaos. Les images qu’il s’était efforcé de ne pas trop regarder, l’un des siens assassiné en plein jour, aux yeux de tous. “Je sais.” lâcha-t-il avec toutes les difficultés du monde. Il savait, il vivait avec cette même crainte, jour après jour depuis si longtemps, bien avant que le reste du monde ne voit les images sans les comprendre. Un instant plus tard, Thomas s’arrachait à ce semblant d’étreinte, lui échappait complètement. Il se releva à son tour, son corps courbaturé et douloureux protestant légèrement sous la brutalité du mouvement. La salle de bain, quoique relativement grande, lui semblait trop petite pour eux deux en ce moment, trop petite pour les accueillir, eux et leurs secrets. Il n’avait jamais été particulièrement claustrophobe, mais il était réellement en passe de le devenir.

Et Thomas qui n’en finissait plus avec ses questions et ses paroles sans aucun sens. Il fallait absolument qu’il se calme. Et il allait devoir y arriver tout seul et de préférence dans les trois secondes, si Yerathel voulait survivre à toute cette situation. Respirer devenait difficile, réfléchir aussi. Il ne comprenait plus tellement les mots qui sortaient de la bouche du jeune homme, sans savoir vraiment si cela venait du trop-plein, de la fatigue, ou seulement de Thomas qui semblait avoir perdu le peu de cohérence dont il disposait encore. Désespéré de fuir ce problème et pourtant trop effrayé de s’éloigner et de perdre sa première occasion depuis une éternité de ne plus être complètement seul, le mécène finit par détourner les yeux. Son regard balaya rapidement la salle de bain et son carrelage blanc qui lui donnait le tournis et fut attiré par quelque chose de brillant, comme un éclair en pleine nuit, qui reposait tranquillement sur le lavabo.

Il bougea avant de réaliser pleinement ce qu’il faisait, se jetant en avant comme s’il comptait enlacer Thomas, mais ne le toucha pas. À la place, son bras droit passa près du corps du jeune homme et sa main se referma sur la paire de ciseaux qu’il utilisait pour couper ses cheveux régulièrement. Le bout pointu et les lames parfaitement acérées comme elles se devaient de l’être pour cet usage. Il s’éloigna aussitôt qu’il sentit le métal dans son poing et tendit son avant-bras gauche, entre lui et Thomas. Une seconde plus tard, l’objet s’enfonçait profondément dans sa peau, libérant un flot de sang quand il le retira, qui coula sur son poignet et sur le sol. Un bruit métallique résonna dans l’air quand les ciseaux touchèrent le sol. Yerathel s’éloigna davantage et attrapa une serviette dans son dos pour essuyer son bras. Et sous les tâches qui recouvraient encore sa peau, la plaie se refermait déjà toute seule.

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Posté le Mar 17 Juil - 17:40
Non il ne savait, il ne pouvait pas savoir, il ne pouvait pas deviner. Et lorsqu’il se redressa, lorsqu’il fondit sur moi pour saisir quelque chose qui s’avéra être une paire de ciseau, je me figeais, m’attendant presque à mourir alors qu’à la place, il s’entailla le bras, laissant tomber les ciseaux au sol avant qu’il n’essuie le sang pour me révéler son bras. La trace disparaissait ? Il… Il régénérait ? Réellement ? Durant quelques secondes, je restais la, la bouche entre ouverte à fixer son bras à présent exempt de toute blessure. Il savait car il était… Comme moi ? Non il régénérait plus vite, trop vite. Mais il était aussi une proie, il n’allait pas me trahir, il n’allait pas… Tout s’écroula hors de mes épaules en quelques secondes et sans chercher à savoir pourquoi, je réduis l’espace entre nous pour le prendre dans mes bras. Je tremblais, mais je ne savais plus exactement pourquoi. Simplement je tremblais. Mon coeur battait vite et tout ce qui m’avait rongé jusqu’à présent commença à s’estomper. Durant tout le temps que durant cette étreinte, il n’y eut rien d’autre que lui et moi. Lui étant en mesure de me comprendre, lui qui ne pouvait pas me trahir sans prendre le risque que je le fasse aussi. Et encore, à présent, je ne comprenais pas comment je pouvais douter de lui, comment je pouvais craindre. Il était resté, il n’avait pas cherché à me rejeter alors qu’il en avait eu si souvent la possibilité.

Nichant mon visage dans son cou, de nouvelle larme s’échappèrent de mes yeux, des larmes de joie et de douleur aussi. Pour la première fois depuis longtemps, j’avais un point de chute, une personne présente dans ma vie pouvant comprendre, sans doute, un peu mieux la situation, quoi que je n’étais pas certain que l’on soit exactement fait du même bois. « Je te crois. », soufflais-je un peu précipitamment avant que l’épuisement et la faim ne me force à reculer de quelques pas, juste assez pour m’accrocher à l’évier. Juste assez pour ne pas tomber, pour ne pas m’écrouler maintenant. Il comprendrait plus que n’importe qui, du moins, je l’espérais. Le spectre de Grace trainait dans mon esprit comme une menace sérieuse, mais elle n’était plus la seule pouvant me trouver. Elle n’était plus la seule à avoir sa place à mes côtés.

J’étais plus épuisé que jamais, plus épuisé que si j’avais couru des kilomètres, mais le soulagement de ne plus sentir immédiatement l’épée marquer mon front était plus important que n’importe quoi d’autre. « Désolé… », soufflais-je alors. Je n’allais pas me repentir brusquement, mais le masque n’était plus aussi utile face à lui, du moins plus entièrement et en cet instant je ne pouvais t’être que désolé de ne pas avoir être plus conciliant, désolé d’avoir douté de lui au point qu’il ait du se révéler d’une façon qu’il n’aurait sans doute pas désiré. Désolé d’avoir perdu autant de sang et d’avoir fait de son appartement un champ de bataille. J’étais désolé de bien des choses, et je n’étais pas encore vraiment sur de pouvoir les exprimer toutes une à une. J’avais besoin de retrouver pleinement mon calme pour ça. J’avais besoin de me retrouver moi, de savoir ou j’en étais, ou je voulais aller. J’avais besoin de ne plus me sentir aussi fragile, j’avais besoin de me reprendre un minimum.

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Posté le Mar 17 Juil - 18:56
Il l’avait fait. Réellement. Son secret depuis si longtemps gardé, protégé, venait d’être révélé aussi facilement que le sang coulait sur sa peau. Tout à coup, le calme revint pleinement, le vide aussi. Yerathel ne sentait plus rien, ne pensait plus à rien et regardait son propre bras d’où la plaie disparaissait doucement, stupéfait de son propre geste. Il resta coincé dans cette léthargie inquiétante jusqu’à ce qu’il ne sente le corps de Thomas soudainement pressé contre le sien et ses bras fermés autour de son torse. Son message était passé, au moins et le pianiste se calmait enfin. Lentement, encore inconscient, il referma ses propres bras autour de la taille du jeune homme, sans réellement profiter de l’étreinte qu’il ne comprenait pas vraiment. Le silence s’intensifia encore un peu et le vide se fit plus profond encore. Quelques mots traversèrent l’épais nuage dans lequel l’occultiste venait de se plonger tout seul. Des mots qu’il avait attendu, espéré. Il venait de convaincre l’homme de sa bonne foi. Alors pourquoi ne se sentait-il pas mieux ? Il aurait dû être heureux, non ? Quelqu’un connaissait son secret, oui, mais au lieu de la peur, de la fuite, il récoltait une étreinte presque douce, presque rassurante. Elle prit fin rapidement après ça, mais Yerathel ne bougea pas d’un pouce, laissant simplement ses bras retomber contre son corps et braquant son regard sur Thomas. Il ne savait pas quoi dire. Et il réalisait qu’il était effrayé, réellement effrayé de se tenir désormais face à quelqu’un qui tenait entre ses mains le pouvoir de le détruire. Quelqu’un à qui il n’aurait jamais fait confiance une heure plus tôt. Quelqu’un qu’il respectait tout juste, un homme au comportement détestable, infâme, qui venait de passer cinq ans à le faire tourner en bourrique et à le torturer de bien des façons. Quelqu’un qui comprenait pourtant sa douleur, sa solitude et ses peurs.

Il sentit le sol se dérober sous ses pieds en réalisant pleinement ce qu’il venait de faire. Mais il était hélas trop tard pour tout effacer. Il eut droit à des excuses qui n’aidèrent vraiment pas. Les images de son passé, si lointain qu’elles étaient floues et ternies, continuaient d’affluer. Du visage de l’homme qu’il ait jamais aimé vraiment, à qui il avait confié sa vie pour ne récolter rien d’autre qu’un cœur brisé et la nécessité de fuir pour survivre. “Je…” Il détourna le regard, ne trouva rien à dire qui puisse réellement réparer la situation. “Je suis épuisé.” parvint-il à souffler finalement. C’était la façon la plus simple de décrire tout ce qui se passait en ce moment. Il arrivait à bout de ses forces, complètement. “Il me faut de l’air.” Le vertige ne disparaissait pas, comme il l’apprit en osant faire un pas en arrière qui manqua de lui faire perdre l’équilibre. Il se rattrapa de justesse au porte-serviette et s’appuya contre le mur. Ses paupières papillonnèrent un instant, l’obligeant à lutter pour ne pas juste s’effondrer immédiatement.

La pression retombait trop vite et la réalisation l’accablait tout aussi rapidement. “On devrait… tu peux…” Il s’affaissa un peu plus contre le mur et ferma la bouche en même temps que ses yeux. Ça ne servait plus à rien de dépenser des forces à parler, il n’existait aucun mot qui, prononcés maintenant, arrangerait quoi que ce soit. Autant qu’il conserve ses forces pour aller jusqu’à son lit. Cette idée lui plaisait bien davantage et il se mit en tête de le faire tout de suite, sans même prendre la peine de prévenir Thomas. Il se redressa dans la ferme intention de quitter la pièce et de mener ce projet à bien, vacilla encore un peu en perdant le support du mur. Et il eut beau mépriser mille fois sa personne pour avoir si stupidement usé de toutes ses forces toute la nuit, ça ne changeait pas grand chose au résultat final. Il lui fallait de l’air, du repos, du temps aussi. Mais la seule idée de laisser Thomas passer le pas de la porte, s’enfuir avec son secret et sa vie lui donnait la nausée.

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Posté le Mer 18 Juil - 9:52
Il semblait… Ailleurs, paniqué ? Perdu ? J’avais des raisons de l’être aussi ? Je fis un pas en avant en le voyant vaciller. Il était épuisé, il lui fallait de l’air. Il recula encore, se tenant au porte serviette. Il devenait incohérent, refaisant monter la panique alors qu’il quittait les lieux sans doute pour aller dormir. Le suivant toujours un peu tremblant, je le vis se diriger vers sa chambre et ne pus que l’en empêcher, il ne pouvait pas, pas en sachant que le sang était encore si présent sur le tissus. À la place, je le dirigeais vers son salon, pas bien sur qu’il soit encore vraiment là. Le laissant tomber sur le canapé, j’étais resté un long moment à le regarder, à sentir sa respiration s’écrouler. J’avais eu peur qu’un instant, il fasse quelque chose de stupide pour régler sa peur, comme me balancer, mais j’avais l’espoir secret qu’une fois encore il ne jouerait pas contre moi. L’abandonnant alors, je retrouvais sa chambre et avec elle mes vêtements taché. Me mettant alors à fouiller les placard, je trouvais un nouveau boxer et partie immédiatement prendre cette douche libératrice. Cette douche sensé effacer tout ce qui me préoccupé. Mais j’avais beau être propre en cet instant, j’avais beau avoir passé des heures sous l’eau, je me sentais toujours étrange, toujours illégitime. Il connaissait mon secret, il savait à présent. Mais je connaissais le sien. J’étais censé agir comment ? Un nouveau vent de panique me prit quand je remis les yeux sur son lit, il y en avait partout, réellement. Retirant les drap, je laissais apparaitre un matelas poignardé par le sang, quand au drap, j’avais beau les avoir mit dans la baignoire et avoir fait couler l’eau pendant des heures, rien n’y fit. Le sang resterait.

Je n’arriverais pas à effacer les preuves, pas plus que je n’arriverais à quitter les lieux. J’étais… Vidé. Épuisé par cette situation, par la faim aussi qui venait reprendre le dessus avec une douleur bien plus sourde. Mais surtout cette inquiétude quand à lui. Il avait été forcé de se révéler de toute évidence, il aurait préféré l’évité et à présent, il n’y avait pas de retour en arrière possible. Il n’y avait rien qu’il est pu maitrisé je le sentais et je me doutais aussi que je ne devais pas être le genre de mec à qui on avait envie de se confier dans tout les cas. Mais j’étais censé réagir comment ? Mon secret avait été dévoilé, je me sentais piégé et quand bien même il pouvait être de confiance, le doute demeurait permit non ? Je n’aurais pas pu faire autrement, rien de tout cela aurait pu être évité dès l’instant ou trop bourré, j’avais décidé de défendre l’honneur de toute une communauté. Je n’aurais pas pu être couard comme à mon habitude ? Visiblement pas.

Finissant par m’asseoir sur un fauteuil non loin de lui, je restais là un moment, le regardant dormir, ou somnoler, j’avoue que je n’étais plus vraiment en état de faire la différence. Je finis même par fermer les yeux, recroqueviller sur moi-même. Cherchant à lutter pour étouffer la normalité de mon quotidien. Je ne trouvais pas le sommeil toutefois, j’avais peur de ce dont serait fait l’avenir, j’avais peur qu’il regrette suffisamment pour ne plus vouloir me voir C’était tellement stupide dans le fond. Stupide car c’était la première fois que j’avais peut-être envie de faire confiance à quelqu’un, car c’était peut-être la première fois que j’avais envie de faire confiance à quelqu’un. J’avais envie de croire que peut-être je pourrais laissé tomber mon masque, souffler face à quelqu’un qui ne voudrait pas faire de moi un soldat.

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Posté le Mer 18 Juil - 10:52
Il n’atteint jamais la chambre qu’il voulait rejoindre, mais finalement son corps put s’étendre et ses yeux se fermer. Il perdit rapidement conscience et tomba presque aussitôt dans le vide rassurant du sommeil. Quand il rouvrit les yeux, il n’était plus couché sur le canapé confortable de son salon luxueux de San Francisco, mais sur une surface plus dure qui lui brisait les côtes. Il faisait sombre, il ne parvenait pas à voir grand chose d’autre que les murs dénudés d’une chambre qui lui semblait vaguement familière. Quelqu’un bougea à ses côtés et il eut à attendre que l’ombre ne se penche au-dessus de lui pour l’embrasser pour reconnaître le jeune homme couché près de lui. Il ferma les yeux et se laissa faire, se disant vaguement qu’il n’aurait pas dû. Quand le baiser prit fin et que l’homme s’éloigna, il ne portait plus les traits fins et encore enfantins de Nakula. Sa peau était devenue plus pâle, son visage plus dur et son corps plus ferme. Ça ne l’étonna même pas. Il offrit un sourire à l’homme et glissa ses doigts dans ses cheveux bruns et désordonnés. Un instant plus tard, leurs lèvres se retrouvaient et ils s’embrassèrent encore et encore, jusqu’à ce que Yerathel perde le fil. Bientôt, ce ne fut plus rien d’autre que la sensation, à la fois plaisante et oppressante, de Thomas contre lui, ses lèvres animées par une passion dévorante, sa peau brûlante, les battements désordonnés de son coeur, les soupirs bruyants et évocateurs qu’il laissait échapper presque accidentellement. Et son corps soudainement tendu, la sensation humide et poisseuse sous les doigts de Yerathel, l’odeur lourde et ferreuse du sang dans l’air et les rires cruels de plusieurs hommes cachés dans l’ombre. Des Traqueurs. L’un d’eux tenait une arbalète. Yerathel reconnut immédiatement son visage. Le corps de Thomas lui échappa, retombant lourdement sur le matelas de paille. Il y avait du sang partout. Il hurla son nom, hurla contre Nakula qui continuait de rire et de pointer son arme sur lui, il pleura aussi.

Ses yeux s’ouvrirent brusquement. Il se redressa et regarda autour de lui. Son souffle court résonnait bruyamment dans le silence de l’appartement. Les rideaux n’étaient pas tirés et la lumière aveuglante du soleil passait librement pour éclairer la pièce. Son salon. Un rapide coup d’oeil à l’horloge lui indiqua qu’il ne devait pas avoir dormi plus de deux ou trois heures. Il se sentait à peine mieux, pas vraiment reposé, mais bien incapable de se replonger immédiatement dans ses rêves. Il lui fallut plusieurs longues secondes pour réaliser que Thomas était toujours là, recroquevillé sur lui-même dans un fauteuil. Aussi discrètement que possible, l’homme se leva et s’approcha de lui. Il l’observa un instant avant d’oser le toucher. Ses doigts effleurèrent sa peau doucement, presque craintivement, mais il était bien réel et tout ce qui avait été révélé au cours des dernières heures aussi. “Thomas ?” appela-t-il à voix basse, appuyant un peu plus sa caresse. Il n’eut pas à attendre bien longtemps pour que les yeux du pianiste ne se lèvent vers lui. Son ventre se contracta immédiatement et il regretta presque de l’avoir réveillé. Il mettait fin à la trêve et maintenant…

“Est-ce que ça va ?” demanda-t-il en repoussant au loin chaque pensée un peu trop douloureuse qui osait s’approcher. Il ne savait pas encore ce qu’il voudrait faire de tout ça, mais il savait qu’il ne voulait pas se décider maintenant. C’était lâche, sans doute, mais il comptait bien repousser le moment d’affronter la réalité aussi longtemps que possible. “Tu veux manger quelque chose ? Des vêtements propres ?” Parler, peut-être ? Mais cela, il ne le proposa pas. Thomas n’était pas de ce genre, après tout, n’est-ce pas ? Il prenait la fuite, il attaquait, repoussait, mais rien d’autre. Ils s’en sortiraient très bien comme ça, en ignorant les problèmes.

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Posté le Mer 18 Juil - 12:21
Je l’avais écouté, longtemps, ignorant quel songe pouvait bien le traverser en cet instant, ignorant même si il dormait. Je l’avais simplement écouté. Jusqu’à ce que le silence ne finisse par me prendre, jusqu’à ce que je me rassure. Et puis il y avait eu une agitation et la peur d’ouvrir les yeux s’était faite sentir. J’avais peur de ce que j’aurais pu voir, peur de son regard. Alors je n’avais rien fait. Je ne savais pas exactement depuis combien de temps nous avions été là, mais je finis par sentir des doigts se poser sur moi, une voix m’appeler et presque aussitôt, un frisson me traversa. Je ne savais pas trop ce qu’il attendait, si je devais partir en ne sachant pas ce qu’il adviendrait. En ne sachant plus rien. Quand à est-ce que j’allais bien… Je n’étais pas certain qu’il y ait une réponse approprié en cet instant. « J’ai pas réussi à nettoyer tes draps… », soufflais-je en guise de réponse, car je ne savais pas quoi dire d’autre. J’avais passé de longues minutes à essayer, sans grand succès. Et je parler linge de maison me semblait plus simple que parler du reste. « Et toi ? », demandais-je en voulant vraiment connaitre la réponse. Il avait sombré rapidement dans le sommeil, mais j'avais peur de ce qu'il aurait pu y rêver. Peur de ce qu'il aurait pu voir et des décisions qu'il aurait pu prendre. Il m'avait semblé assez en panique avant que je ne le laisse tomber dans le canapé. Assez désorienté. Et je ne pouvais pas vraiment lui en vouloir. Il avait accusé le coup, comme j’avais pu le faire. Mais qu’en était-il sortie ?

Les questions qui suivirent ne furent pas pour m’aider et un peu plus honteux, je répondis, « J’ai fouillé pour un boxer, mais j’ai pas osé prendre plus, je savais pas si je pouvais déjà. », bien que je me voyais mal rentrer chez moi nu, je n’avais pas su quoi prendre d’autre qui ne fasse pas si… Lui ? J’étais nettement plus sobre que lui dans ma tenue, et j’étais certain d’être parfaitement ridicule ainsi. Quand à la première question, j’étais gêné d’en parler, mais au final il subissait la même chose que moi non ? Je n’avais pas besoin d’avoir peur de le dire ? « Mais oui j’ai faim, même si tu dois te douter que j’ai plus besoin de sang que de pâtes. », déclarais-je en tentant de dédramatiser quelque chose qui m’avait toujours oppressé. Même à l'hôtel je n'étais pas à l'aise avec ça alors que les autres ne se gênaient absolument pas pour profiter de ce que Grace pouvait leur donner. Et je savais parfaitement que j'allais devoir attendre de rentrer chez moi pour régler le problème, car je doutais que Nyx soit du genre complètement désespéré et inconscient comme moi et qu'il ne devait donc pas stocker grand chose dans son frigo. Une preuve encore du fait que ma survie tenait plus du miracle qu'autre chose.

Je n'osais toujours pas à me remettre debout, je le fixais, toujours un peu ahuri de ce qui se passait ici. Toujours un peu perdu dans cette nouveauté. Je n'aurais pas cru hier, me retrouver dans cette situation, je n'aurais pas cru trouver une nouvelle personne. Je pensais continuer ma vie, n'avoir comme allié que des personnes voulant se servir concrètement de moi. Si je l'ouvrais un peu moins devant Grace et les autres, je ne faisais clairement pas le fier, je n'étais pas agréable, car elle ne me ménageait pas, car elle n'était douce que quand j'explosais et démontrais que je pouvais lui être utile. Sinon, je n'étais rien de plus qu'un faible dans son armée. Et lui, il n'était pas avec elle, sinon je l'aurais déjà vu. Sinon elle l'aurait déjà présenté. Il n'était pas comme elle, et j'avais pas envie d'agir de la même façon, j'avais envie d'avoir, pour une fois, une chance de ne plus être en cage.

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Posté le Mer 18 Juil - 15:18
C’était un peu étrange, sans doute. Depuis cinq ans, malgré les flirts, malgré ce que Thomas avait décrit lui-même comme du harcèlement, il n’y avait jamais rien eu de vraiment sérieux entre eux. Jamais rien d’intime non plus. Même les baisers échangés la semaine précédente n’avaient pas vraiment affectés Yerathel plus que ça, ne lui avaient pas donné envie d’entretenir quoique ce soit de plus profond avec le jeune homme. Ce matin, pourtant, il désespérait presque du besoin de toucher Thomas, de partager autre chose qu’une relation malsaine et faussement professionnelle. Il voulait croire. Que cet homme un peu agaçant, un peu étrange, pourrait être plus dans sa vie qu’une simple connaissance. Un ami ? Autre chose ? Un allié, en tout cas. Une épaule sur laquelle se reposer quand le poids deviendrait trop lourd à porter. Quelqu’un qui pourrait, enfin, après toutes ces années, connaître Yerathel, celui qu’il était réellement et pas l’un des personnages dont il habillait les manières pour se protéger. Les images encore fraîches du cauchemar qui l’avait réveillé flottaient dans son esprit comme une tentation dangereuse, comme une prémonition qu’il savait impossible et pourtant à la fois tentante et menaçante. “Ne t’en fais pas pour les draps.” souffla-t-il, un peu absent. “J’en ai d’autres. Et ça se rachète.” Il éloigna la main qui reposait encore sur le bras de l’homme, un peu brusquement peut-être, mais ne trouva pas la force de s’éloigner ne serait-ce que d’un pas. Ses doigts retombèrent dans le vide et la tension qu’il ressentait s’intensifia un peu. “Je vais bien. Je crois. C’est…” Compliqué. Le mot exact était compliqué. Il ne prit pas la peine de l’expliciter. Thomas pouvait agir comme un idiot, il ne l’était pas pour autant et il devait parfaitement comprendre tout seul.

À la place, Yerathel s’efforça de faire comme si de rien était. Il échouait de façon spectaculaire à cette tâche, mais ne donna pas l’impression de le remarquer. Thomas admit avoir dores et déjà fouillé dans ses affaires pour trouver un boxer et, bien malgré lui, le regard de l’occultiste glissa sur son corps pour aviser lequel il avait dérobé. Ce devait être le plus simple et le moins coloré qu’il possède, ce qui fit naître une légère pointe de déception dans son coeur. Mais il n’eut pas tellement l’occasion de répondre quelque chose de très spirituel et amusant que l’homme continuait sur sa lancée. Il avait faim. Ça n’était pas un soucis. Tout le monde ressentait ça à un moment, n’est-ce pas ? Sauf que la plupart des gens voulaient de la nourriture dans ces cas-là. Pas du sang. Le vide, glacial et assourdissant, s'abattit sur l’occultiste. Il trouva enfin le courage de reculer d’un pas et d’un autre, jusqu’à retomber sur le canapé. Ses yeux ne lâchaient plus Thomas. Du sang ? De quoi parlait-il, au juste ? C’était quoi, cette blague ? “Du…” Le mot restait coincé dans sa gorge. Il ne comprenait pas. Il n’avait pas besoin de sang, lui. Il n’avait jamais entendu dire qu’une créature dans son genre doivent s’en sustenter.

“Qu’est-ce que… “ C’était comme s’il n’y avait plus de pilote dans l’avion. Il eut besoin de plusieurs secondes pour retrouver un peu de ses capacités intellectuelles. Et encore, elles ne lui servirent à rien d’autre qu’à formuler quelques mots. “Je crois que j’ai manqué un épisode ou deux.” souffla-t-il en parvenant enfin à détourner le regard. “Je croyais que toi et moi, on était... “ D’un geste terriblement vague de la main, il dessina un genre de cercle devant lui, sans trop savoir ce que cela devait exprimer exactement. Ou plutôt, si, il savait. Ça aurait dû vouloir dire occultistes, mage ou sorcier à la limite, mais pas… Faim de sang ? Vraiment ? “Je ne me nourris pas de sang.” déclara-t-il finalement, sa voix à peine plus haute qu’un murmure.

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Posté le Mer 18 Juil - 15:54
Ça semblait plus difficile pour lui que je n’aurais voulu et ça le devient un peu plus quand il retira son bras et que la conversation reprit. Du moins jusqu’à ce que je dise quelque chose de trop qui le plongea presque aussitôt dans une position de … Peur ? Dégout ? Incompréhension ? Je me sentais de nouveau mal à l’aise, comme si ce que je pensais enfin derrière moi venait brusquement m’exploser au visage. Il ne comprenait pas, il pensait que nous étions ? Tous les deux des Occultistes ? Je supposais que c’était ça vu sa régénération, à moins que je sois juste excessivement faible. Mais ce qui fut le plus difficile, le plus brutale fut ses derniers mots. Il ne se nourrissait pas de sang. Comment ? Comment il pouvait ? Comment il supportait la douleur si il n’en buvait pas ? Comment il faisait pour vivre sans ça ? Si je n’en buvais pas trois jours je devenais fou de douleur, je me tordais dans tout les sens et je mettais les autres en danger. Et d’après Grace on pouvait tout simplement en mourir, on ne pouvait pas survivre alors comment ?

Me redressant sur le fauteuil, je me sentais de nouveau perdu, paniqué aussi à l’idée qu’on ait pu me mentir pour me faire accepter le fait que cela soit normal. « Les Occultistes n’ont pas besoin de sang ? », demandais-je alors que je savais déjà la réponse. Bien évidemment qu’il n’en avait pas besoin, sinon il ne serait pas si choqué. Sinon je n’aurais pas de nouveau l’impression d’être un monstre même avec lui. « Mon père en était un, mais pas ma mère, elle est morte en accouchant et quand on m’est tombé dessus, on m’a dit que c’était normal, que la douleur était le prix à payer pour… » pour une puissance nécéssaire à la protection des Occultistes… Je croyais que tout était normal, je ne pensais pas possible ce genre de chose, je ne pensais pas que les seuls à porter un fardeau, c’était nous. On m’avait mentit. Et la douleur qui irradiait ma colonne ne suffisait plus à me sortir de cet état de choc. Ce que je pensais être vrai n’était qu’un énième mensonge, rien de plus, ce n’était qu’une manipulation pour se rendre plus amicale. Mais eux n’avait pas cette douleur, eux ne risquait pas de mettre leurs proches en danger. J’avais failli tuer ma soeur pour ça…

J’étais juste bon à être entrainé pour quelque chose, des gens, qui ne comprendraient jamais. « C’est marrant, jusqu’à il y a dix minutes, j’étais heureux de pas être le seul monstre de mon entourage… », soufflais-je à moitié paniqué. Je n’étais pas comme lui, il n’avait aucune raison de vouloir me protéger en cet instant. Nous étions certes dans le même bateau, mais pas dans la même galère sans doute, quoi que visiblement, vraiment personne ne savait qu’on existait. Sauf les personnes ayant eu à faire à quelques accidents de parcours, comme mon père. « Maintenant j’ai juste envie de disparaitre. », soufflais-je plus pour moi-même, n’osant plus le regarder en face alors que je me remettais debout, « Tu pourrais me prêter de quoi rentrer, je te les apporterais et t’entendras plus jamais parler de moi, promis. », car de toute évidence, comme beaucoup d’autre, il n’aurait aucun intérêt à fréquenter et parler à une bête de foire non ? Il n’y aurait rien à gagner et je le dégouterais, car j’étais ça. Pourquoi j’étais né ?

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Posté le Mer 18 Juil - 17:54
Doucement, timidement, Yerathel releva les yeux quand le jeune homme osa poser une question qui le laissa quelque peu éberlué. Il n’arrivait plus du tout à savoir si Thomas était un occultiste ou non, s’il se faisait manipuler par un sociopathe magicien ou si la situation lui échappait totalement. Il comprit un peu mieux ensuite, quand l’homme expliqua que son père était occultiste, mais pas sa mère. Un sang-mêlé. Il ne savait pas que c’était possible et cette idée l’effraya d’autant plus. Il avait craint si longtemps de mettre au monde un enfant qui serait comme lui, qui souffrirait du même fardeau, mais il existait pire que cela encore et il l’avait désormais sous les yeux. Toutes ces nouvelles informations et ce qu’elles impliquaient se frayaient doucement un chemin jusqu’à sa conscience. C’était un peu difficile, un peu étrange, mais il essayait de tout comprendre, de tout accepter. Il avait de nouveau détourné les yeux, pas pour fuir cette fois, mais seulement le temps que tout prenne du sens pour lui. Il ne faisait plus réellement attention à Thomas, sentait seulement la douleur, la colère, qui gonflaient rapidement, mais ne l’atteignait pas vraiment. Et avant qu’il n’ait le temps de réaliser ce qu’il ressentait et qui émanait du pianiste, Thomas était debout et réclamait des vêtements pour pouvoir s’en aller. Ne plus jamais le revoir.

Yerathel se leva d’un bond à ces mots. “Non !” lâcha-t-il avant de réfléchir à quoique ce soit d’autre. Il ne pouvait simplement pas le laisser partir maintenant, comme ça… Il ne pouvait pas imaginer ne plus jamais le revoir. On ne pouvait pas lui retirer dès maintenant le faible espoir de ne plus être seul au monde. Il refusait que ça se termine comme ça, il refusait que ce soit terminé. Il n’avait peut-être pas réussi à prendre une décision consciente de ce qu’il voulait, mais son subconscient savait déjà, visiblement. “Ne pars pas maintenant, s’il te plaît.” demanda-t-il, se surprenant lui-même que sa voix n’ait pas ressemblé à une plainte absolument pathétique. Il ne savait pas trop ce qu’il pouvait dire pour arranger les choses, c’était bien le problème. Mais ils ne pouvaient pas en rester là.

“Je…” Il ferma les yeux et prit quelques secondes pour respirer et calmer les battements affolés de son cœur. “Je ne savais pas que c’était possible.” lâcha-t-il quand il rouvrit les yeux. “Que les gens comme moi pouvaient avoir des enfants avec des humains et…” Il ne voulait pas blesser l’homme, surtout pas. Mais il devait bien admettre que tout ça était un peu trop étrange pour qu’il sache réagir avec autant de compassion qu’il l’aurait voulu. “On n’a pas besoin de sang pour survivre. Pas que je sache en tout cas… J’ai cru… J’ai cru que tu étais comme moi.” Il n’était même pas sûr d’où il voulait en venir. Et à vrai dire, il avait surtout l’impression d’être en train de parler uniquement pour retenir le jeune homme encore un peu auprès de lui. “Je n’ai jamais vraiment fréquenté de gens comme moi. Je suppose qu’on est très différents, tous les deux, mais… Juste… Ne pars pas maintenant.” Il voulut ajouter qu’il ne le prenait pas pour un monstre, mais se retint à la dernière seconde et ferma la bouche sans rien ajouter d’autre, incertain que ce soit le genre de chose qu’on puisse dire et penser réellement après environ trois minutes à connaître la vérité. Il ne savait pas vraiment ce qu’impliquait la condition de Thomas, s’il y avait un mot pour ce qu’il était, ce qu’il devait faire et subir au quotidien, ni même quel âge il avait, quels pouvoirs il possédait. Il restait encore tellement de choses dont ils pouvaient parler...

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Posté le Mer 18 Juil - 19:17
Je voulais disparaitre, juste disparaitre, partir et ne plus jamais revenir, ne plus ressentir ça. Pourtant il se leva d’un bond, refusant mon départ, refusant que je le fasse maintenant. Le fixant, je ne savais pas à quoi m’attendre, je ne savais même pas si je devais m’attendre à quelque chose. Il ne pensait pas cela possible, il ne pensait pas que des Occultistes puissent avoir des enfants avec des humains et ? Et c’était dramatique ? Terrifiant ? Monstrueux ? Il y avait des dizaines et des dizaines de qualificatif à ça, mais aucun ne sembla vouloir traverser la barrière de ses lèvres. Il souligna alors qu’il n’avait pas besoin de sang pour survivre du moins pas sa connaissance et le fait qu’il est cru que j’étais comme lui me fit sens doute un peu plus mal. Car même si on était dans la même situation, je ne serais jamais comme lui. J’avais baissé les yeux, je ne pouvais plus le regardait, pas parce que je ne supportais pas ses mots, simplement car voir le seul espoir d’une vie à peu près normal, sans masque ni mensonge s’effaçait à mes yeux. Et même lorsqu’il me demanda à nouveau de ne pas partir, je ne pus relever les yeux. J’avais l’impression que le monde s’écroulait autour de moi, j’avais l’impression que plus rien n’allait et pourtant, j’étais incapable de fuir, uniquement car il me l’avait demandé.

Me refermant sur moi-même, je brisais le silence pour lui dire ce que je savais de cette union si impossible, ce que je savais sans pour autant être vraiment certains de ça. « On est viable uniquement car on est censé exister pour vous protéger. Et il y a une multitude de sort pour nous perfectionner, ou ne pas détruire cette tentative d’armée… », posant mes yeux sur la cuisine non loin, je fis quelques pas pour saisir un couteau, le temps de revenir vers lui, je l’avais placé sous ma gorge et au lieu d’un coup sec censé me trancher la gorge, mes doigts lâchèrent. Je m’abaissais pour le reprendre, tendant le dessus de mon bras pour me couper et réussir à faire couler le sang avant de recommencer sur ma gorge et de lâcher à nouveau le couteau. « On peut même pas se suicider, on peut manquer de tuer sa soeur, mais pas de se tuer sois-même. », soufflais-je le regard brisé, repensant aux souffrances que j’avais causé à ma soeur pour juste un peu de sang. Voilà ce que nous étions, des effets imparfaits pour les protéger eux. Eux sans qui notre souffrance n’aurait sans doute pas lieu d’être. On était juste là pour défendre une cause. Là pour souffrir car on ne supportait pas là moitié de ce qu’on nous imposait.

Levant les yeux vers lui, je reprenais légèrement tremblant, « On est censé être différent, mais on… Je suis le plus faible, et les autres sont des machines à tuer et sur le papier moi aussi, mais… », mais je ne supportais pas mon propre sang, j’étais dépendant à celui des autres au points d’hurler de douleur quand je refusais d’en prendre. Et le moindre faux pas me tuerait, le moindre enfermement, la moindre prison physique. Je connaissais rien à ce monde et un jour une femme est arrivé et m’a expliqué en long en large et en travers ce qu’elle voulait visiblement et quelques mois après y’a eu cette vidéo et le monde avait cessé de tourné, je m’étais retrouvé dans cet enfer sans jamais pouvoir en sortir.

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Posté le Mer 18 Juil - 23:17
Il était resté. Ça ne durerait probablement pas éternellement, mais pour le moment, il était toujours là. Yerathel s’autorisa à souffler un instant avant que Thomas ne reprenne la parole pour lui expliquer un peu mieux ce qu’il était. Une créature créée pour le protéger. Lui et ses semblables, pas lui personnellement. Cette idée ne le rassura pas vraiment. Peut-être parce qu’il connaissait un peu trop bien Thomas et qu’il l’imaginait difficilement dans le rôle de l’ange protecteur et invincible. Mais il ne l’aurait jamais imaginé autre chose qu’humain encore quelques heures plus tôt, après tout… Il s’éloigna avant que l’occultiste n’ait le temps de remplir ses poumons d’un peu d’air et ouvrit des yeux ronds en le voyant revenir avec un couteau à la main, qu’il plaqua contre sa propre gorge avant de le laisser tomber au sol. Yerathel suivit l’objet des yeux du début à la fin, y compris lorsqu’il resta quelques secondes sur le parquet et la véritable signification de toute cette scène, expliquée rapidement par des mots, l’horrifia un peu plus. C’était monstrueux. Pas ce qu’était Thomas, qu’il n’arrivait pas tout à fait à comprendre à vrai dire. Mais le reste. L’obliger à vivre en étant une chose qu’il semblait mépriser, à en croire la manière déprimante et dure dont il parlait de lui-même. Et si ce sort de protection existait, ça n’était pas pour rien, n’est-ce pas ? S’il leur était impossible de prendre leur propre vie, c’était bien qu’ils devaient le désirer tous.

Yerathel repensa aux cinq dernières années qu’il avait passées en compagnie du jeune homme. Cette maladie qui lui causait tant de douleurs et dont il refusait toujours de parler réellement. Était-ce lié à cela ? Et tout ça pour protéger les occultistes ? Aussi étrange cela puisse-t-il être, l’homme se sentit coupable. “Je suis désolé.” souffla-t-il en approchant d’un pas hésitant. “Que tu doives souffrir pour protéger les miens.” Il ne savait pas. Il entendait parler de tout ça pour la première fois de sa vie et elle avait pourtant été très longue. Mais ça ne changeait rien au fait qu’il se sente responsable. Sa simple existence, qu’il l’ait désiré ou non, causait de la souffrance à des innocents. Combien y avait-il de gens comme Thomas, là dehors, qu’il ne croiserait même probablement jamais ?

Il s’approcha encore et fut assez près cette fois, pour toucher le jeune homme. Le geste lui vint difficilement, mais il finit par poser une main sur son bras qu’il effleura doucement, chassant la peine du jeune homme au passage. Tout doucement. Il n’avait pas encore recouvré ses forces entièrement et il ne tiendrait pas deux secondes s’il poussait trop loin. Et il ferait sans doute peur à Thomas, aussi. Mais il l’apaisait juste un peu. “Je ne peux pas effacer tout le mal que tu as vécu à cause de mes semblables,” souffla-t-il en observant ses propres doigts se promener lentement sur la peau désespérément pâle de l’homme. “Ni effacer les erreurs de mon peuple, ni empêcher que tu sois blessé à nouveau…” Ses doigts glissèrent sur la main du pianiste, où il caressa ses doigts timidement. “Mais je peux t’aider à supporter ton fardeau. Ou essayer au moins. Si tu me laisses faire.” Et il ne parlait même pas de ce pouvoir dont il usait en ce moment même, mais seulement d’être là, de partager un secret et de pouvoir en entendre d’autres. Ne plus être seul au monde. Peut-être qu’il cherchait seulement à s’apaiser lui-même, dans le fond.

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Posté le Jeu 19 Juil - 9:16
Il s’était levé, puis approché, s’excusant sans que je ne comprenne réellement pourquoi. Il n’avait rien fait, rien fait de grave. Pourtant il expliqua rapidement, il était désolé que j’ai à souffrir pour protéger les siens. Je n’étais même pas sur que mon père aies su ce qu’il faisait, je suis parfaitement par accident, et j’étais sans doute le pire choix possible en terme d’investissement militaire. Et pourquoi ça me faisait si étrange à entendre ? Pourquoi que lui s’excuse pour d’autre me faisait si mal ? Car je ne le tenais pas responsable ? Ou car je n’avais jamais envisagé Nyx comme étant de ce qui pouvait en être la cause. Il s’approcha encore, sa mains se posant sur mon bras et mon coeur s’allégeant presque aussi vite. Comme si un voile se posait doucement sur mon coeur, le rendant toujours aussi salvateur. Il ne pouvait pas effacer le mal que j’avais vécu à cause des siens, et comment pourrait-il faire de toute façon, il n’était responsable de rien. Et il ne pouvait rien faire de plus pour l’avenir non plus, mais il voulait, il croyait possible le fait de m’aider à supporter tout ça si j’acceptais de le laisser faire. Les mains tendu s’était faites rare et la dernière n’avait été qu’un coup de poignard en plein coeur. Une partie de moi était persuadé qu’il n’y aurait guère de changement avec lui. Qu’en cet instant, tout déconnerait. Mais l’autre voulait lui faire confiance, car si c’était pas le cas tout s’écroulerait. Baissant les yeux sur ses doigts, je les capturais entre les miens avant de lever les yeux à nouveau sur lui. Avais-je raison de choisir à nouveau cette facilité ? Avais-je raison de vouloir y croire, de vouloir de cette version ou enfin quelqu’un ne jouerait pas contre moi ? La douleur qui accaparait bientôt toutes mes pensées était là pour me rappeler combien j’avais du payer et combien je devrais encore le faire. Comment savoir si le jeu en valait la chandelle.

Je n’arrivais pas à lui en vouloir comme je pouvais en vouloir à cette femme. Je n’arrivais pas à lui en vouloir comme j’en voulais à cet inconnu qu’était mon père. Il voulait m’aider à le supporter, pas à l’effacer. Il voulait juste ça. « Tu n’es pas responsable… », soufflais-je en baissant de nouveau les yeux sur sa main, « Tu n’as déclenché aucune guerre, tu n’as pas forcé mon père à coucher avec ma mère, tu ne m’as pas ramassé dans une rue pour faire de moi quelque chose que je n’arriverais pas à être. », il m’avait simplement donné la chance de pouvoir vivre de ma passion, de pouvoir souffler un instant dans ce chaos. Il me permettait juste de prendre un peu de distance, un peu de recul pour ne pas faire de tout ça un calvaire. Un enfer.

Remontant les yeux vers lui, c’est la gorge un peu plus nouée que je repris, « J’ai besoin d’aucune pitié Nyx, pas plus que j’ai besoin d’être sauvé, les choses m’échappent déjà suffisamment comme ça, il est inutile d’impliquer quelqu’un d’autre dans ça. », je ne pourrais pas être sauvé, je ne pourrais être sortie de là. Les choses ne se simplifierait pas avec le temps, au contraire. Et je n’avais pas envie d’en faire un dommage collatéral. Je n’avais pas envie qu’il vive ce que je vivais. En fait, j’avais peur de ne plus être seul, peur de pouvoir me retourner réellement sur quelqu’un. Peur que l’on finisse par me laisser. Nous étions différent, rien ne l’obligerait à rester, rien ne l’obligerait à être toujours avec moi. Et quand il prendrait ses distances, je n’aurais plus rien qu’un sentiment amère d’échec.      

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Posté le Jeu 19 Juil - 10:33
Il y eut un long silence, comme une hésitation, durant laquelle Yerathel ne fit rien d’autre que d’observer leurs doigts entrelacés en s’interrogeant. C’était un geste simple, un contact assez éthéré, mais il n’arrivait pas à en détacher son regard. Comme si, enfin, il n’était plus vraiment seul. Cet espoir tenait désormais davantage du brasier que de la petite lueur vacillante. C’était peut-être pire que tout, d’ailleurs. De croire vraiment, de croire si fort juste parce que Thomas n’avait pas encore pris la fuite, parce que leurs corps s’accrochaient l’un à l’autre de cette façon à la fois hésitante et presque désespérée. Mais qu’importe, il ne voyait que ça, ne s’occupait que de ça, alors que le jeune homme essayait de lui enlever toute responsabilité. Il n’avait pas provoqué cette situation, cette guerre et la nécessité de protecteurs pour son peuple, certes. Il n’avait même - à sa connaissance, du moins - connu que deux occultistes au cours des deux mille cent sept années de sa vie. Dont l’une était sa mère et ne vivait même plus depuis plus de deux mille ans… Il n’y était pour rien, oui. Il ne voulait même pas appartenir à ce monde, mais il était le seul de sa race à oser se tenir devant les conséquences de leur guerre ce soir et quelqu’un se devait de répondre des actes de tout un peuple, n’est-ce pas ? Et puis, vint ces mots qu’il rêvait de ne surtout pas entendre, cette intention qu’il n’avait pas si ce n’était pour lui-même et qu’il aurait préféré qu’on ne lui prête pas. La pitié.

À cet instant, Yerathel consentit à relever enfin les yeux sur le visage du musicien. Il se força à afficher le masque d’une assurance qui lui faisait complètement défaut en ce moment, à se montrer plus ferme, plus dur aussi. Il ne ressentait pas de réelle pitié pour Thomas. Il ne croyait pas, en tout cas. Mais il en ressentait pour lui-même, peut-être. Et il avait peur, tellement peur de se retrouver à nouveau seul en sachant, cette fois, que quelqu’un comprenait sa peine, qu’il existait une personne avec qui il aurait pu être lui-même et de ne pas avoir cette personne dans sa vie. “Je ne veux pas t’offrir ma pitié.” nia-t-il avec le plus de fermeté possible. “Si j’ai pitié pour quelqu’un ici, c’est de moi.” avoua-t-il. Depuis si longtemps, il jouait un rôle, différent toutes les décennies ou presque. Même en ce moment qu’il pouvait enfin être seulement lui, son interlocuteur ne savait pas comment l’appeler autrement que Nyx. C’était cela, qui lui inspirait une quelconque pitié. À l’homme caché derrière Nyx à qui l’on refusait une existence. Et pour la première fois depuis des siècles, Yerathel découvrit qu’il était aussi un homme fier, car il eut tant de mal à s'autoriser à s’ouvrir. Mais il le fallait, maintenant, avant qu’il ne perdre pour de bon.

“Ça fait des siècles que je dois fuir et me cacher, que personne ne me connaît, que personne ne peut réellement faire partie de ma vie à cause de ça…” souffla-t-il doucement, un peu révolté que ce soit si difficile d’être honnête après tant de temps à mentir sans arrêt. “Je suis seul depuis si longtemps que je ne suis pas sûr de savoir encore qui je suis moi-même.” Un rire lui échappa, quelque peu douloureux. “C’est la première fois depuis plus de deux mille ans que quelqu’un sait ce que je suis… Alors… On n’est peut-être pas sur le même pont, mais on a bien embarqué dans le même bateau et il coule. J’ai peur de vivre ce naufrage tout seul et si c’est ton cas aussi… Pourquoi se refuser la possibilité d’un allié ?” Un poids quitta définitivement ses épaules à ces mots. Il serra la main de Thomas un peu plus fort dans la sienne et cessa complètement d’user de son pouvoir sur lui. Il lui demandait quelque chose et pour la première fois depuis longtemps, il espérait l’obtenir sans avoir à manipuler l’autre d’une quelconque façon.

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