Félicitation à Gwendal et Elia

Depuis la diffusion d'une vidéo montrant un homme faisant de la lumière avec ses mains se faire tuer par un autre avec un poignard, le monde s'interroge. Existe-t-il autre chose que des hommes sur terre ?
 

 

 The truth is hiding in your eyes + Tholen

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Posté le Jeu 19 Juil - 11:38
Il ne voulait pas m’offrir sa pitié, pour lui d’ailleurs, c’est de lui qu’on devait avoir pitié. Fronçant légèrement les sourcils, je ne comprenais pas pourquoi il disait ça, pourquoi il était persuadé d’être l’homme défaillant. Cela faisait des siècles qu’il fuyait, qu’il se cachait, que personne ne connaissait vraiment qui il était, qu’il ne partageait sa vie avec personne. Des siècles ? Quel âge avait-il ? Deux mille ans ? Je me sentais un peu étrange là, un peu bizarre de faire face à quelqu’un d’aussi vieux, quelqu’un qui avait traversé autant d’années seuls. Comment avait-il fait ? Comment avait-il réussit à tenir ? La solitude quoi qu’incomplète me pesait déjà bien trop sur le coeur. Je n’imaginais pas d’avoir eu a vivre autant de temps ainsi. « Comment tu … ? », demandais-je un peu perdu par l’angoisse qui revenait me prendre sans raison. Lui lâchant d’ailleurs la main, je reculais de quelque pas, prenant conscience de ce que je pourrais moi-même vivre. Je savais certains vieux, je savais certain ayant plusieurs décennies sans que cela se voit, mais… Si j’étais condamné à ne jamais vraiment vieillir, j’allais perdre toutes ma famille, et j’allais vivre comme lui ? J’allais m’oublier au travers de personnages dans le seul but de survivre ? J’allais perdre ma vie ainsi ? J’allais vivre seul ? Non, pas deux mille ans à vivre ainsi, je ne pourrais pas.

Reculant de quelques pas encore je tapais dans un meuble, tremblant en ne sachant pas vraiment de quoi j’avais peur, enfin si, mais il venait de proposer quelque chose d’aussi terrifiant en soit. Ne pas être seul justifiait d’accepter de vivre ainsi avec lui ? De lui imposer au quotidien un souffrance dont il pourrait se passer ? « Comment on est censé survivre 2 000 ans seul ? Comment c’est possible ? », comment il pouvait être encore là ? Le coeur battant, j’avançais à nouveau vers lui, posant une main sur la sienne avant de rechercher son regard, ses yeux. J’avais peur, peur de n’avoir que lui et que ce monde finisse par exploser, mais j’avais bien plus peur de vivre cette vie seul au final. « Je suis perdu sans mon masque, j’ai peur de tout perdre. », soufflais-je en posant une autre main sur la sienne, mes doigts remontant sur ses bras alors que je n’étais pas bien sur qu’il y gagne au change.

Le regardant toujours sans savoir si j’avais raison de lui faire confiance, si j’avais raison de vouloir ça. « Je partirais pas. », soufflais-je alors, pas bien sur de ce qu’on pouvait dire dans ce genre de situation. Accepter de traverser un désert seul n’était pas sans conséquence, mais le faire à deux. J’avais la possibilité de souffler en cet instant, la possibilité de me retrouver, de ne plus avoir peur que quelqu’un remarque quoi que ce soit. Juste pouvoir être soit même, sans avoir besoin d’inventer quoi que ce soit. J’avais attendu durant des années que quelque chose comme ça arrive et j’avais cru y trouver mon compte avec Grace, quoi que je m’étais toujours un peu méfié d’elle. Aujourd’hui, je risquais de reproduire la même erreur, peut-être, mais j’avais envie de croire en Nyx, j’avais envie de croire qu’il n’était pas comme elle, car sinon, je finirais dans une prison bien plus froide que celle de mon coeur. « Quel âge as-tu ? », demandais-je brusquement, incapable d’imaginer combien de siècle il avait pu traverser seul.

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Posté le Jeu 19 Juil - 19:19
Avouer son secret avait été déjà bien difficile pour Yerathel, mais d’en parler si librement et de s’ouvrir un peu plus en admettant qu’il ne voulait pas tourner le dos à Thomas par peur de sa propre solitude… C’était presque un miracle pour lequel il n’était clairement pas préparé. L’occultiste ne s’était pas senti si vulnérable depuis des siècles. L’homme qui lui faisait face détenait désormais le pouvoir de briser sa vie autant que son coeur. C’était un pouvoir énorme, beaucoup trop pour que Yerathel soit entièrement à l’aise. Et il avait le coeur au bord des lèvres. Alors forcément, quand le jeune homme laissa l’angoisse monter de nouveau et qu’il osa lâcher la main du mage pour s’éloigner… Ce fut un véritable coup en pleine face pour lui. Il s’ouvrait, il s’offrait, peut-être pas encore entièrement et bien sûr, on le rejetait. À quoi s’était-il attendu d’autre ? Thomas n’avait jamais été très sympathique avec lui. Yerathel découvrait aujourd’hui qu’il y avait eu une raison à cela, mais ça ne signifiait pas pour autant que l’homme avait complètement changé en l’espace d’un aveu. Un aveu qu’il regrettait profondément maintenant qu’il s’apprêtait à en subir les conséquences. Il détourna les yeux avant que ça ne devienne trop douloureux d’affronter en face la fuite du jeune homme. Il semblait vraiment mal et son angoisse pesait sur la peau de l’occultiste comme de la sueur, fielleuse et écoeurante. Il se prépara mentalement à devoir dire quelque chose pour les libérer tous les deux de ce moment désagréable. Qu’importe. Il avait vécu toutes ces années seul, il se remettrait de Thomas en un clin d’oeil et reprendrait sa vie comme il l’avait toujours fait.

Mais avant que le moindre mot ne lui échappe, le jeune homme posa une question qui l’étonna. Il ne savait pas bien quoi répondre. Ça n’était pas facile, bien sûr, mais l’instinct de survie aidait bien. Yerathel en avait beaucoup. Une main fila à son oreille, où il tritura son piercing une seconde en cherchant ses mots. Il n’était pas plus prêt à parler quand sa main retomba dans le vide, mais comme Thomas continuait de parler, il profita de cette occasion pour s’offrir encore un moment. Et il avait repris sa main. Ce geste plus que n’importe quel mot fit s’emballer un peu le cœur de l’occultiste. Peut-être qu’il y avait une chance, après tout. Peut-être que les choses ne se finiraient pas mal cette fois. Ses mains tremblèrent doucement quand l’homme lui annonça qu’il ne partirait pas. Il serra ses doigts pour cacher les tremblements et esquissa un sourire qui lui fit mal tellement il devait aller le chercher loin. Sourire qui se fana bien rapidement à la question qui suivit. Il baissa les yeux avant d’oser la moindre réponse. “Un peu plus de 2 100 ans.” répondit-il sans trop savoir pourquoi il se retenait de se montrer plus précis. À sept ans près, ça ne changeait pas grand chose, n’est-ce pas ? Mais c’était une façon comme une autre de trouver l’équilibre entre sincérité et pudeur, car même s’il acceptait de confier son secret, la peur persistait. “Même si ça ne se fait pas de demander son âge à un homme qui ne t’a jamais fait de mal... “ souffla-t-il sans parvenir vraiment à insuffler l’humour qu’il aurait voulu.

“Je n’ai pas passé tout ce temps complètement seul.” admit-il en s’éloignant. Il ne se détacha pas de Thomas et l’attira plutôt avec lui quand il s’installa dans le canapé. S’il fallait qu’il en dise encore plus, qu’il parle de toute sa vie, il avait besoin de le faire en étant assis, car il sentait déjà les vertiges le prendre. “J’ai eu une famille, à une époque. J’ai connu l’amitié et l’amour, tellement souvent que tu n’aurais pas assez d’une vie pour écouter mes histoires…” Un sourire triste fit une apparition sur ses lèvres et son regard se perdit sur le visage du jeune homme sans qu’il ne le voit vraiment. Il n’avait pas toujours été seul, non, bien loin de là. “Mais il n’y a jamais eu que deux personnes avant toi qui savaient la vérité à mon sujet. Et l’une d’elles était ma propre mère alors, ça ne compte pas vraiment.” Du pouce, il se mit à dessiner des cercles sur la main du jeune homme, plus nerveux qu’il ne l’aurait voulu à l’idée de devoir parler de cette période de sa vie. Et il n’arriva pas à s’y résoudre de toute manière, abandonnant rapidement l’idée pour en venir au but. “Mais tous les autres, quoique je les ai aimé sincèrement… Ils n’ont jamais pu me connaître moi, seulement la personne que je prétendais être à ce moment-là pour me fondre dans la masse et ne pas me faire tuer par un Traqueur. On se sent forcément seul dans ces conditions, même quand on ne l’est pas complètement. Mais j’imagine qu’on fait avec quand même. Il faut bien, à défaut d’avoir une autre solution.” Qu’aurait-il pu faire d’autre ? Mettre fin à sa vie ? Il n’avait certainement pas ce courage. “Est-ce que… Tu as vraiment vingt-sept ans ?” demanda-t-il timidement. Il ne connaissait rien aux créatures dans son genre, mais il portait l’espoir assez dérangeant que peut-être, Thomas pourrait le comprendre sur ce point-là aussi.

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Posté le Ven 20 Juil - 10:26
2 100 ans ? C’était sérieux ? Je savais qu’on pouvait vivre vieux, mais là, j’étais surprit, un peu désappointé alors qu’il tentait un peu d’humour, mais que je prenais la pleine mesure d’une vie à vivre ainsi. Il n’avait pas pu être entièrement seul, ce n’était pas possible, ce n’était pas vivable et pourtant c’était le cas, car bien qu’il dise n’avoir pas été complètement seul, le fait qu’il parle de sa famille au passé déjà était mauvais. Ils était mort ? Tout comme ces amants ? Notez que l’idée qu’il ai pu avoir autant de conquête ou du moins de personne qu’il avait pu aimer me dérangea un instant, mais je ne dis rien. Ce n’était très certainement pas le moment de se sentir déranger face à une chose évidente à faire lorsque l’on avait l’éternité devant soit. Je m’étais d’ailleurs assis sur son canapé dès qu’il en avait initié le mouvement et savoir qu’il n’y avait eu que deux autres personnes à connaitre la vérité à mon sujet me donna presque aussitôt le vertige. Il avait menti pendant autant d’année ? Comment avait-il pu survivre ? D’autant qu’il n’y avait eu qu’un parent dans l’histoire… L’envie de lui demander ou avait été son père se fit sentir, mais quelque chose me retins, si je le faisais, j’avais peur de le poignarder un peu plus.

Au final il n’avait été aimé que pour une image et jamais pour lui, car il risquait la mort. Vivre une vie à défaut… Cette optique me faisait presque trembler et c’est un peu distraitement que je relevais les yeux vers lui, quand il demanda si j’avais réellement 27 ans. Hochant la tête, je reposais ma tête sur le dossier du canapé, remontant mes jambes sur les siennes dans un gestes qui ne tenait pas tant de la possessivité à l’idée qu’il ai pu tant aimer, mais davantage d’un besoin d’avoir quelqu’un à mes côtés. De le sentir vraiment là, « Oui, j’ai vraiment vingt-sept ans… », soufflais-je avant de réaliser que si il ne voulait pas être seul, je pourrais l’inquiéter à être aussi jeune finalement, « Mais… D’autres ont plusieurs siècles, et le premier visiblement à quelque chose comme 3 000 ans… », mais il était défaillant, et il vieillissait visiblement. De ce que j’avais compris, nous étions immortel, et c’était ça qui avait rendu certains fou, car la douleur ne disparaissait pas avec les années… Mon coeur se serra à cette pensée, la peur de vivre avec quelqu’un à mes côtés était rassurante, mais celle de continuer à le faire dans la douleur. C’était à peine supportable en ce moment, vivre ainsi ne serait pas une vie.

Fermant les yeux, je demandais quelque chose qui le blesserait sans doute, mais je ne voyais pas comment il avait pu supporter autant de fois la perte, « Comment tu as pu si souvent aimer et accepter de devoir les quitter ? J’ai 27 ans et la seule personne que je n’ai jamais quitté m’a brisé le coeur en mille morceau. Au point que même si je savais que c’était pour son bien, pour le mien, j’ai passé les jours les plus douloureux de mon existence… », aimait était une chose formidable, rare, précieuse. Une chose ou l’on devenait un reflet dans le coeur de l’autre, quelque chose que je n’avais vécu qu’une fois - et beaucoup me dirait que ce n’était qu’un amour de jeunesse, qu’il n’y avait rien de réel à ça. - mais le perdre avait été si douloureux, si irréel. Je n’imaginais pas retomber amoureux et devoir reperdre ça. Ça serait injuste. Egoïstement je ne supporterais pas de devoir m’éloigner. Aussi difficile avais-je pu être, ces quelques années avant que tout commence avaient été parfaite. Trois ans ou j’avais enfin comprit, trois ans ou j’étais enfin heureux. Ce garçon là me manquait, celui sans masque, celui qui avait enfin comprit que le monde avait tant à offrir. « Tu me faisais la morale car je te faisais perdre de l’argent, mais en réalité, tu n’en fou pas une depuis des années… », soufflais-je avec autant de légèreté que je pus. Parler d’amour, parler de cette fille que j’avais du quitter car je me croyais dangereux était plus difficile que je ne le croyais et continuer ainsi n’était pas possible, j’avais besoin de m’éloigner un peu de ma propre peine et de la sienne aussi. L’amour était bien trop important pour que ma misérable peine de nourrisson dans ce monde n’assombrisse son coeur.    

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Posté le Ven 20 Juil - 11:40
Il avait réellement vingt-sept ans, alors. Cela n’avait jamais gêné Yerathel avant ce jour, mais là… Cette simple information lui donna le vertige. Ils avaient plus de deux mille ans d’écart, c’était… Plus ou moins pareil avec tout le monde, en fait, ça n’avait vraiment rien d’exceptionnel pour lui. Mais une fois encore, il était une anomalie dans l’univers et il était seul. Complètement seul. Il posa une main sur les jambes que l’homme glissa sur lui et s’y accrocha, quoique légèrement, comme s’il craignait de le voir disparaître. Une autre question brûlait ses lèvres. Une question qu’il n’était pas sûr d’avoir le droit de poser et qu’il n’eut finalement pas à formuler puisque le jeune homme y répondit tout seul. Donc lui aussi était condamné à vivre plusieurs siècles, plusieurs millénaires peut-être. Le sang se remit à battre un peu plus fort aux tempes de l’occultiste. Il savait mieux que de s’emballer aussi rapidement. L’éternité était longue et les gens profondément inconsistants, lui le premier. Rien ne laissait croire pour le moment que Thomas ferait partie de sa vie pour le reste de l’éternité. Mais il s’imaginait bien vivre avec cette idée, qu’importe ce à quoi ressemblerait leur relation à partir de maintenant, au moins saurait-il qu’il y avait quelqu’un dans sa vie qui resterait tout aussi immuable que lui. Cette pensée lui arracha un sourire et il fut ravi que le jeune homme ait les yeux fermés et qu’il ne puisse pas le voir. Il le fut beaucoup moins lorsque Thomas osa poser une autre question. Ce fut à son tour de détourner et fermer les yeux. C’était une vie difficile, douloureuse surtout. Mais il n’en voulait pas au musicien de s’inquiéter pour son avenir, qui serait tout aussi long et douloureux que l’avait été le passé de l’occultiste.

Avant qu’il n’ait temps de trouver une réponse appropriée, le sujet de conversation fut balayé par le pianiste. Yerathel haussa les épaules en lâchant un petit rire. “C’est exactement pour cette raison que je te reproche de me faire perdre de l’argent.” lâcha-t-il. “Je n’ai pas eu de vrai travail depuis quelques années, chaque centime que tu gâches me précipite un peu plus rapidement vers la ruine et m’oblige immanquablement à me retrouver un travail dans les années à venir. Ce qui serait vraiment une affreuse souffrance pour moi, sache-le. “ Son sourire s’éternisa encore un petit moment et son regard glissa de nouveau sur l’homme. Il n’avait jamais pris le temps de le regarder vraiment avant, réalisa-t-il. Il avait vu la beauté dans ses traits, bien sûr, elle était plutôt évidente. Mais il n’avait jamais vu ce qu’il voyait maintenant. Des possibilités, un avenir. Doucement, il se mit en mouvement et s’extirpa de l’emprise de Thomas pour se blottir contre lui, sans trop savoir pourquoi il faisait ça maintenant. Sa tête termina sa course sur l’épaule de l’homme et son bras autour de sa taille. Il ferma les yeux et inspira doucement, le temps de se laisser complètement envahir par la possibilité d’un apaisement auquel il ne croyait plus depuis trop longtemps.

“C’est toujours douloureux de perdre les gens qu’on aime.” lâcha-t-il à voix basse. Même si Thomas avait brusquement changé de sujet, il voulait répondre à cette question. Parce qu’il le pouvait, parce qu’il savait. Il disposait déjà de plus de deux millénaires d’expérience dans ce domaine, alors même s’il ne pouvait pas faire grand chose pour apaiser les craintes ou empêcher les douleurs futures du jeune homme, il pouvait au moins lui offrir cela : un peu de sa sagesse, de son expérience, pour rendre la perspective d’une vie éternelle un peu moins effrayante. “Et ce serait tellement plus simple d’abandonner, de se fermer totalement à l’amour pour s’éviter des souffrances, mais…” Mais il n’y arrivait pas ? Ce n’était pas faute d’avoir essayé, pourtant. “C’est long, de vivre éternellement. Chaque moment de bonheur, même s’il est voué à disparaître, aide à supporter un peu mieux le temps qui passe. On oublie tout, à la fin, les bons comme les mauvais souvenirs. Les cicatrices se referment, les amours passent. Mais ce serait plus difficile encore s’il n’y avait rien d’autre que le vide et la solitude.” Comme c’était le cas pour lui en ce moment, peut-être. Mais il n’avait pas droit de se plaindre, il l’avait cherché aussi. S’il voulait seulement de la compagnie, il en aurait sans aucun mal. Il se fermait pour autre chose, pour l’amour même si ce ne serait jamais tout à faire sincère et réciproque, même s’il souffrirait mille maux au moment de le perdre. “Et puis, j'imagine que malgré ma longue vie, je suis resté très naïf...” admit-il plus doucement encore. “Mon peuple croit que nous avons tous une âme sœur quelque part. Un amour qui nous rend complet pour de bon et qui ne mourra jamais... Ma mère avait le sien. Moi, je ne l'ai pas encore trouvé, mais j'aime l'idée que ce soit possible, qu'il existe quelqu'un dans ce monde qui sera à moi pour l'éternité. Et je ne risque pas de trouver cette personne si je cesse de chercher !”

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Posté le Ven 20 Juil - 12:25
Un sourire franc prit sa place sur mes lèvres alors qu’il affirmait que c’était justement pour ça qu’il me reprochait de lui faire perdre de l’argent, car il n’avait pas travailler depuis longtemps et que chaque centimes que je perdais le rapprochait du moment ou il devrait retravailler et ça il n’était pas vraiment enclin à le faire. « Je serais un peu plus conciliant les prochaines fois et tu augmenteras ta com dans ces cas là. », je le serais, vraiment, si je pouvais lui éviter de travailler, je le ferais. Lentement, il changea de position, me faisant lever les jambes pour se défaire de mon emprises pour venir se lover contre moi. Le sentir contre moi m’apaisa un peu plus, quoi que cela me rappelait au passage que j’étais toujours en boxer. Mais c’était un détail dont je me fichais pas mal au final. Refermant mes bras sur lui, je me laissais profiter du temps, fermant les yeux alors que ma respiration devenait définitivement calme. Du moins avant qu’il ne parle, avant qu’il ne dise qu’il était douloureux de perdre les gens qu’on aimait. Ma gorge se noua d’elle-même, mes yeux s’ouvrant précipitamment pour se baisser sur lui, sur son corps contre le mien. La douleur, je l’avais connu une fois et je ne voulais pas vraiment la retrouver, quoi qu’elle serait toujours un moteur. Une façon de se dépasser et continuer.

Il était toutefois en effet plus simple de penser à tout arrêter, à se fermer complètement, mais l’éternité était longue, et même si le bonheur d’une relation éphémère était voué à disparaitre, ça l’avait aidé à supporter. Il avait su traverser les siècles ainsi, dépassant les pertes et préférant ces moments difficiles à l’absence, à la solitude. Je n’arrivais sans doute pas à voir aussi loin que lui, je n’arrivais sans doute pas à me projeter, à voir tout ça comme lui, mais j’avais le vertige. Si je venais à vivre autant de temps que lui sans doute aurais-je la pleine conscience de tout ça, sans doute réaliserais-je combien j’étais loin de la vérité. Mais je n’arrivais pas à voir aussi loin et le fait que contre moi, une créature millénaire ai eut tant à traverser m’effrayait un peu. Devrais-je accuser la même sentence ? Non, car il était là non ? Je ne serais pas seul, je n’aurais pas besoin de me lancer à coeur perdu dans des relations voués à l’échec uniquement pour vivre. Non, ça ne serait pas pareil, pas tant qu’il était là.

Et puis il se jugea naïf, expliquant que son peuple croyait aux âmes soeur, à cet amour éternel qui vous rendez entier, complet. Et sa mère avait connu le sien contrairement à lui, et il aimait l’idée que quelqu’un dans ce monde soit fait pour lui et il ne voulait pas cesser de chercher. La cruauté voudrait qu’il ait du attendre deux milles pour cela ? Et si il tombait amoureux d’un humain ? Cet amour éternelle ne serait qu’éphémère et mortel… Mais au final, je pensais qu’il n’était pas question uniquement de son peuple, les hommes cherchaient toujours désespérément l’amour de leurs vies et quand je voyais mes parents… Ils étaient heureux, comblé, capable de traverser des tempêtes ensembles. « On cherche tous une personne pouvant donner un sens à notre existence… », soufflais-je en repensant à ces années au lycée ou j’avais du lutter pour n’offrir jamais plus que mon corps, à ses années ou des personnes s’accrochaient réellement dans mon esprit sans pour autant donner le droit à mon coeur de les aimer. « Je m’interdis d’aimer qui que ce soit depuis plus de douze ans… », avouais-je la gorge de nouveau noué. « L’idée de passer du temps avec quelqu’un dont le sang m’attire, me donne envie de mordre jusqu’à ce que le sang afflux… Comment je suis censé m’autoriser à aimer à nouveau en sachant parfaitement que je verrais un jour l’autre comme une source de sang et non comme la personne que j’aime ? », entendre le coeur battre, sentir cette odeur… Il était vrai que je n’avais pas ce problème avec lui alors qu’il était évident que la faim était là, la douleur sourde qui courrait dans ma colonne en était la preuve. Mais je n’avais pas envie de le mordre. « Je ne pourrais pas survivre autant de temps que toi… », car je n’aurais nulle part ou aller pour oublier la solitude, du moins sans lui.

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Posté le Ven 20 Juil - 13:32
Que les humains puissent avoir une âme soeur eux aussi n’avait jamais vraiment effleuré Yerathel. Il trouvait cela plus cruel pour eux et bien moins nécessaire, sans doute. Ils ne vivraient jamais des siècles, leur vie s’écoulait en un battement de coeur. Alors à quoi bon connaître ce genre d’amour quand on savait qu’on allait le perdre tôt ou tard ? Pour les gens comme lui, au moins, c’était une promesse de ne pas être seul pour toujours. Une bonne raison d’avancer autant qu’il le faudrait. Ces pensées ridicules furent chassées par la voix de Thomas. Il semblait tellement triste, en ce moment. Bien loin du petit crétin arrogant et indifférent qu’il prétendait être le reste du temps. Yerathel préférait cent fois cet homme que celui qu’il fréquentait habituellement. Il appréciait davantage être dans ses bras à lui que de flirter avec l’autre. Quand bien même cette facette de Thomas était profondément déprimante. “Bien sûr que tu pourras.” souffla-t-il tranquillement. Il n’y avait pas la moindre hésitation dans sa voix. Ses doigts se détachèrent de la taille du jeune homme et se promenèrent timidement sur ses flancs. Il sentait son coeur battre doucement sous ses doigts et c’était une expérience singulière. De se dire que ce coeur battrait peut-être pour l’éternité, que ce corps serait peut-être un jour aussi familier pour lui que l’était le sien. Il chassa cette pensée dangereuse au plus loin. “Tu apprendras à te contrôler, ce sera de plus en plus facile avec le temps. Et peut-être qu’il y a quelqu’un pour toi aussi, si ce n’est pas quelque chose réservé aux miens. Quelqu’un pour qui tu n’auras jamais le sentiment d’être une menace.”

Il avait rouvert les yeux, il ne se souvenait plus à quel moment et il regardait ses propres doigts dessiner des formes incohérentes sur la peau du musicien. “Je t’aiderai.” affirma-t-il avec la même assurance. Il n’était pas bien sûr de ce que cette promesse impliquait, mais était-ce réellement important ? “C’est mon travail, après tout.” s’empressa-t-il pourtant d’ajouter avec un peu plus d’humour, quelque peu gêné par la tournure des choses. Tout allait plutôt bien pour le moment, mais il avait un peu peur du retour à la réalité. Du moment où Thomas devrait passer la porte et où il se retrouverait seul avec lui-même. Ce serait probablement désagréable. Et il avait encore un peu de mal à croire qu’il serait le seul à se torturer dans cette affaire, que Thomas ne représentait aucun danger, qu’il ne s’empresserait pas d’aller le dénoncer aux Traqueurs dès qu’il en aurait l’occasion. Mais s’il avait voulu faire ça, il ne serait pas resté tout ce temps, n’est-ce pas ? Mieux valait éviter de penser à ça. Il cligna des yeux pour chasser ces pensées malvenues et porta toute son attention à ses caresses.

Ses doigts glissèrent sur le ventre de l’homme, redessinant avec attention le contour de chaque courbe, chaque muscle, tandis qu’un sourire s’installait vaguement au coin de ses lèvres. “Surtout si ça veut dire que tu seras toujours aussi plaisant à regarder. Et que tu me permets de profiter du spectacle de temps en temps en échange de mes conseils et de mon expérience.” Son ton joueur était revenu, la fausse légèreté qu’il mettait dans chacun de ses mots habituellement aussi. C’était toujours un peu plus facile de jouer son rôle que de rester lui-même trop longtemps, mais il avait bon espoir que les choses changent. Espoir qui s’intensifia d’autant plus quand il osa lever les yeux vers l’homme et croiser son regard. Son sourire s’imprima un peu plus et peut-être qu’éventuellement, il trembla légèrement, mais c’était un fait qu’il nierait jusqu’à sa mort. Il détourna les yeux aussitôt. “Et je vais définitivement te faire signer un contrat pour toucher un pourcentage sur tes gains.” souffla-t-il rapidement.

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Posté le Ven 20 Juil - 14:43
Entre vouloir et pouvoir il y avait une différence notable, une différence qui prendrait tout son sens ici, une différence que je ne pouvais pas ignorer. Si je tombais amoureux d’un humain, quoi qu’il se passe, quoi qu’il advienne, je ne saurais pas m’en défaire. Mais il était optimiste, il croyait que je réussirais à me contrôler, il croyait que je saurais y arriver et qu’un jour je trouverais une personne que je pourrais aimer sans être une menace. J’en doutais, j’aurais voulu y croire, mais j’en doutais. Je ne voulais pas me bercer d’illusion. Au final la seule chose qui m’éviter une panique était ses doigts sur mon torse, ses doigts jouant sur ma peau et guidant mon esprit qui eut bien du mal à reprendre le fil de la discussion. M’aider ? Il y aurait plus d’horreur à voir qu’autre chose, plus de douleur à sentir. Et ce qui se disait être de l’humour pour me détendre ne fut au final pas suffisant. Cette solitude là, celle du coeur, me faisait peur et durant un instant, j’en viens à regretter la vie d’enfer que je lui avais fait vivre, car il y avait eu une part de vérité que je n’aurais sans doute plus. J’aimais son corps et le voir se révéler me laisser apprécier tout autre chose. Quelque chose qui me semblait presque interdit, presque proscrit tant le risque qu’il ne m’abandonne était grand. « Il n’y a jamais eu la moindre amélioration… », soufflais-je en glissant mes doigts dans son dos pour lui éviter de reculer et de lire le chaos, la colère et la douleur s’installer dans mes yeux comme dans mon coeur, « Une simple heure de concert, même si c’est pour me faire faire la meilleur chose au monde, même si c’est pour jouer, devint un véritable enfer si je n’ai rien bu, et même là, la tentation est énorme… Une personne j’y arrive, mais je ne sais même pas rester avec ma famille, ni partager un repas de noël sans que ça m’obsède. Vivre avec des hommes est… Je dois calculer chaque déplacement, chaque soirée, chaque réunions… », et ça me tuait de vivre ça constamment. « Je meurs si je ne me nourris pas Nyx… Partant de cette base, je suis pas sur d’avoir une grande marge de manoeuvre… », vraiment pas.

J’eus un léger frissons lorsque ses doigts remontèrent sur mon torse, puis un sourire timide, mais arrogant fit son chemin sur mon visage. Profiter du spectacle de temps en temps contre son aide et son expérience… L’échange aurait été intéressant si mon esprit n’avait pas brusquement voulu plus, lui, entier, cet homme que je pouvais tenir sans mes bras sans souffrir alors que la faim se faisait de plus en plus brutale, cet homme que j’avais de lové contre moi qui m’offrait un peu d’espoir. Mais étais-ce raisonnable ? Sans doute pas, pas plus qu’il le serait de jouer à son jeu. Il voulu alors me faire signer un contrat pour toucher un pourcentage de mes gains, et le seul moyen pour moi de m’en sortir était peut-être de remettre le temps d’une phrase, si ce n’est deux, un masque rassurant. « Tu voulais pas échanger mon manque de pudeur contre des conseils juste avant ? Car ça me dérange pas de me balader à moitié à poil pour conserver de l’argent que je n’utiliserais pas avant au moins des… », une sueur froide, un tremblement, une panique. Cet argent que je dépensais sans jamais réfléchir serait tout ce qu’il me resterait pour vivre quand je serais obligé de… Et je ne pourrais pas remonter sur scène, rejouer en publique de ma vie, ou du moins pas avant une éternité… J’allais faire quoi ? J’allais survivre comment ? Il n’y avait jamais eu que la musique, rien d’autre ?

Posant ma main libre sur la sienne, je la serrais légèrement avant de fermer les yeux pour retrouver mon calme, « Combien de temps je peux rester quelque part sans vieillir ? Enfin sans que ça se remarque ? », demandais-je alors. Je n’arrivais pas à reprendre clairement mon calme, je voyais la musique m’échapper, je me voyais jouer uniquement pour moi et plus pour personne d’autre… Si ce n’est lui… « Et après ça, combien d’années, de décennie ou de siècle avant de pouvoir retoucher librement un piano ? Sans que ce soit dangereux pour nous ? », nous ? Oui, mon cercle se refermait à une vitesse sans doute trop importante pour que je ne puisse m’adapter et j’avais à présent peur que la mort ne nous rattrape pour une passions. La vie, l’immortalité était-elle si terne ?

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Posté le Ven 20 Juil - 16:47
Il y avait des choses que Yerathel aurait certainement préféré ne pas savoir. La douleur, la soif… Ces concepts lui étaient complètement étrangers, mais quand il écoutant le jeune homme en parler… La peur et l’incertitude s’installaient dans son coeur autant que dans celui du principal concerné. Il devait pourtant bien exister une solution, n’est-ce pas ? S’il n’avait jamais entendu parler de ces créatures, ça n’était pas pour rien. Elles n’étaient pas des milliers à parcourir les rues à la recherche du sang des innocents. Il devait y avoir un moyen de contrôler cette soif, une façon de l’assouvir sans que ça ne soit mortel pour qui que ce soit. Ils avaient visiblement des siècles devant eux pour trouver. Et l’homme n’avait pas envie de commencer maintenant. Alors, ce fut son tour de détourner le sujet de la conversation. Et il nota, vraiment, l’effort de Thomas pour suivre le même chemin. Ne pas s’inquiéter maintenant d’un avenir encore inconnu, se concentrer simplement sur le fait qu’il y aurait quelqu’un pour traverser tout ça. C’était plus simple à dire qu’à accepter réellement. Ils essayèrent, mollement, de conserver un ton léger. “Tu peux bien faire les deux… surtout qu’on sait tous les deux que tu continueras de te balader à moitié nu devant moi que je le veuille ou non.” Mais le coeur n’y était pas vraiment, ni pour l’un ni pour l’autre. Thomas fut le premier à le prouver. Il paniquait, Yerathel le sentait et il n’y faisait rien. Il aurait pu. S’il voulait être vidé de toute énergie et devoir rester au lit pendant deux jours, il pouvait faire disparaître la crainte d’une seule caresse et dès maintenant. Mais il s’y refusa. Il ne paniquait pas, lui, mais il avait mal pour le jeune homme désespéré qui réalisait peu à peu ce que serait sa vie désormais. Personne ne semblait avoir répondu à ses questions jusque là et Yerathel devait être le déclencheur de tout un tas de peurs ensevelies. Il s’en voulut d’avoir osé dire la vérité et il sut qu’il n’avait qu’une seule chose à faire pour se faire pardonner : être honnête. Ça ne l’enchantait pas vraiment.

Son coeur manqua un battement quand Thomas s’enquit de ce que ça voudrait dire pour sa carrière musicale et pour eux. Eux. Nous. Un petit mot innocent que l’occultiste ne s’était jamais permi d’employer de cette façon depuis plus de deux millénaires. Il se redressa doucement et s’arracha au passage aux bras du pianiste, à contre-coeur. “Ça dépend de beaucoup de choses, mais plus ou moins une dizaine d’années en général et dans le meilleur des cas.” souffla-t-il doucement. On sentait sa volonté à y aller doucement, à ne pas brusquer ni effrayer le jeune homme en même temps qu’il parlait. “Mais ici, à San Francisco... “ Il inspira profondément et posa sa main sur celle de Thomas. “Tu ne pourras pas rester très longtemps une fois que tu auras cessé de vieillir. Les gens te connaissent et ta famille surtout. Ils seront plus attentifs aux changements, ou plutôt à leur absence. Et ta célébrité risque de poser problème.” Il fit une pause le temps de reprendre son souffle. “Je suis désolé, Thomas. Si j’avais su… Je ne t’aurais pas encouragé à te faire connaître. Mais tu pourras toujours jouer, sur scène ou en privé. Seulement… Tu ne pourras jamais prendre de nouveau le risque de gagner en notoriété.”

Il ne savait pas vraiment si c’était important ou non à ses yeux, mais il savait par contre que cette réponse ne lui plaisait pas vraiment. Avec les mêmes précautions, l’occultiste bougea de nouveau et se fraya un chemin sur les genoux de l’homme pour lui faire face. Il glissa une main sur son visage. “Regarde-moi.” ordonna-t-il à voix basse. “Tout ira bien, je te le promets.” Il y croyait en tout cas et il ferait de son mieux pour ça ne soit pas un mensonge. “Quel que soit le problème, pour te nourrir, pour avancer quand tout va mal, pour réparer ton coeur brisé, je serais là.” Ses deux mains reposaient désormais sur le visage de Thomas, il le maintenait seulement pour qu’il n’essaye pas de fuir son regard.“Tu te souviens l’autre jour, quand on s’est embrassé ?” demanda-t-il ensuite. Ça n’était pas une tentative de changer de sujet cette fois. Et il n’avait pas l’intention de recommencer, quoiqu’on puisse en douter vu les aises qu’il prenait aujourd’hui. Son pouce effleura lentement les lèvres de l’homme et cette fois, il s’autorisa à l’apaiser un peu. Ça n’était sans doute pas suffisant pour qu’il sente réellement la différence, mais juste assez marqué pour lui donner un indice à défaut de trouver le courage de lui dire toute la vérité sur ses dons.

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Posté le Ven 20 Juil - 17:19
Un frisson désagréable me traversa à l’instant où il se décolla de moi, un autre plus angoissant me prenant quand il parla d’une dizaine d’années, dans le meilleur des cas. Il me restait dix ans avec eux ? Avec ma famille ? Je n’étais pas proche sans raison, mais je les aimais tous, je ne voulais pas les laisser derrière moi et pourtant, j’allais sans doute devoir le faire d’ici une dizaine d’années ? Non c’était beaucoup trop espérer, car je ne pourrais pas rester ici trop longtemps, car ma famille remarquerait que je n’ai pas vieilli, ils sauraient et la célébrité n’arrangeait rien. Il me restait donc beaucoup moins de temps à leurs côtés ? Beaucoup moins de moment même fugace à passer ? Et si Anya venait un jour à se réveiller, je ne serais sans doute plus là. En plus de lui avoir prit sa vie, je ne pourrais même pas m’excuser à mon retour, je ne pourrais rien rien, rien effacer. Il s’excusa alors de m’avoir poussé à me faire connaître, de m’avoir poussé à gagner en popularité, mais il ne me priverait pas de jouer, seulement, le faire en publique… C’était galvanisant, là ou dans une pièce, pour moi ou juste quelques personnes, ce n’était rien de plus que jouer pour sois. Je retomberais dans l’oublie, je ne serais jamais plus qu’une ombre, à nouveau… Je n’aurais plus la moindre valeur, plus la moindre importance, je deviendrais négligeable, comme avant…

Incapable de le regarder, je lui demandais, le coeur lourd, « Et comment tu peux t’assurer que personne ne me cherchera jamais ? Je dois mourir à leurs yeux ? », demandais-je un peu fébrile avant qu’il ne se glisse sur mes genoux et me force à le regarder. Tout irait bien, il me le promettait, mais si lui mourrait maintenant ? Si je me retrouvais réellement seul, je ferais comment ? Le monde prenait des dimensions qui m’échappait, des dimensions si loin de ma réalité… Il serait là, avec moi, pour moi, quelque soit le problèmes. Comment pourrait-il ? Comment ferait-il ? Mes mains s’étaient posaient sur ses cuisses sans vraiment chercher à le toucher, du moins à aller plus lui, j’avais simplement besoin de le toucher. De le sentir. Il me demanda alors si je me souvenais de la fois ou on s’était embrassé, hochant la tête, je ne comprenais pas vraiment où il voulait en venir et à part un sentiment étrange, presque lointain à cette pensée, je ne voyais pas ou il voulait en venir, à moins que je vois parfaitement, mais que je sois simplement trop effrayé pour oser poser la question. Oser découvrir ses attentions. Alors autant me blâmer moi. « Que t’es 2100 ans ne changera rien au fait que tu me fais toujours le même effet, ni même que l’envie de te sentir te tendre sous mes doigts à disparu… », oh oui, l’envie d’abuser de lui était toujours là, mais ce n’était pas correcte, « Et je suis le premier à fuir avec ça, simplement… », ma mâchoire me faisait mal à autant hésiter, « Simplement et quand bien même j’ai envie de toi, je suis plus sur que ce soit une bonne idée, je suis plus que rouillé dans l’exercice et j’ai pas envie de te perdre maintenant, surtout pas juste pour du cul. T’es plus important que n’importe quelle partie de jambe en l’air. », il n’y avait plus aucun risque à prendre, même si le jeu en valait peut-être la chandelle, je me refusais à le perdre. Je ne pourrais pas, encore moins pour quelque chose d’aussi trivial.

Glissant mes main sur ses hanches, j’avalais difficilement ma salive, « Et crois moi, t’embrasser a sans doute été la chose la plus agréable et aussi déstabilisante que j’ai eu à vivre, mais il faut pas, j’ai pas besoin que tu me haïsse, j’ai besoin de croire ce que tu dis et de me laisser une chance de le vivre. », et même si les souvenir de ce baiser à sa porte, de sa fièvre de sa ferveur et le souvenir beaucoup plus déstabilisant de ses lèvres m’apaisant en pleine orage, me donnait envie de recommencer, j’avais pas envie de le perdre. J’avais peur, simplement peur. « Tu veux pas plutôt manger ? Ou regarder un films ? », fronçant les sourcils, je secouais la tête face à tant de connerie, mais il fallait que je comprenne, que je sois celui qui se connaissait assez pour savoir que Nyx n’avait pas le droit d’être traité ainsi.

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Posté le Ven 20 Juil - 18:22
La main de l’occultiste retomba loin du visage de l’homme et ses yeux fixés sur lui s’écarquillèrent lentement alors que les mots s’extirpaient difficilement de sa gorge. Cet homme… Cet homme était complètement… Il n’y avait juste pas de mots pour ça. Yerathel l’observa sans bouger tout du long de son petit discours absolument stupéfiant. Et mignon aussi. Il était vraiment mignon à raconter ses bêtises en essayant d’être un mec bien, pour une fois. Parce qu’il était presque sûr qu’il aurait dû être touché par cette attention, par cette volonté qu’avait Thomas de ne pas tout gâcher entre eux juste pour du sexe. Et il l’était, vraiment. Seulement, il n’avait jamais eu l’intention de coucher avec le musicien. Ni aujourd’hui, ni aucun autre jour avant. Un sourire fit trembler ses lèvres et il fut obligé de se mordre l’intérieur des joues pour ne pas le laisser s’étirer trop visiblement. Il pressa ses épaules dans une tentative assez inutile de le calmer. Mais il était parfaitement d’accord pour arrêter de parler de ça et faire autre chose de complètement différent. “Tu veux que je te dise ? J’ai hâte de voir combien de siècles tu vas résister avant de craquer et de recommencer à me faire des avances.” lâcha-t-il en ravalant un rire, bien que son ton soit clairement moqueur. Et peut-être que le mouvement de bassin qu’il fit avant de s’éloigner n’était absolument pas nécessaire et encore une autre moquerie, mais qu’importe ? Un instant plus tard, il retrouvait sa place sur le canapé et se penchait pour attraper la télécommande de la télévision. Ce fut finalement son tour de s’étendre plus que de raison et de laisser ses jambes reposer sur les genoux de l’homme. Mais il eut au moins la gentillesse de lui donner la télécommande. “On peut regarder un film et manger. Je te laisse choisir ce qui te fera plaisir dans les deux cas. Surtout que c’est toi qui invite.”

Et honnêtement, il était soulagé que la conversation en reste là pour le moment. Qu’il n’ait pas à parler de ses pouvoirs, qu’ils ne poussent pas jusqu’à imaginer davantage cet avenir incertain qui attendait. Il y avait eu un peu trop d’émotions pour une seule journée, Yerathel était encore trop fatigué pour supporter l’idée d’en traverser plus. Et avec tout ça, il doutait fortement qu’ils soient l’un ou l’autre prêts à se projeter davantage. La peur restait palpable dans un coin de son crâne, ça n’était certainement pas le moment de prendre une décision quelconque et de s’engager encore plus qu’il ne l’avait fait pour le reste de sa vie. Il préférait cela : un moment tranquille, normal, comme il n’en avait jamais partagé avant avec Thomas, mais qui laissait flotter la promesse d’avoir désormais quelqu’un dans sa vie qui ne disparaîtrait jamais. Il ne fit même pas l’effort de tourner les yeux vers la télé et se contenta d’observer l’homme en essayant de s’habituer à cette idée. “Hey, Thomas ?” souffla-t-il après quelques secondes de ce traitement. Son sourire était revenu et il attendit simplement que le jeune homme lui accorde un peu de son attention pour continuer. “J’ai bien aimé t’embrasser, moi aussi.” lança-t-il sans parvenir à retenir plus longtemps son sourire moqueur de déborder. Que ce soit vrai ou non, il préférait garder cela pour lui et s’affairer plutôt à profiter de chaque seconde qu’on lui accorderait pour faire de la vie de ce pauvre homme un Enfer de taquineries et de moqueries. Et surtout de bonne humeur, car ils en auraient besoin tous les deux s’ils devaient se supporter pour les millénaires à venir.

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Posté le Ven 20 Juil - 19:27
Ça le faisait marrer ? Très sérieusement ? Bon ok, il y avait peut-être quelque chose de ridicule dans tout ça, mais j’étais sincère, je ne voulais pas gâcher quoi que ce soit uniquement pour du sexe, uniquement car c’était l’une des rares choses qui me permettait d’être vivant. Et lui il se demandait combien de siècle j’allais passer avant de recommencer ? Le soucis c’était bien qu’il était beaucoup trop attirant pour que je ne cherche pas à m’y soustraire. Et ce n’était pas le mouvement qu’il venait de faire qui allait me faire penser le contraire. Je m’étais d’ailleurs légèrement redressé, la tête penché comme pour accuser le coup. Il prenait ses aises et si ce n’était pas déplaisant, je ne ne pouvais pas non plus y voir quoi que ce soit, « T’es beaucoup trop optimiste avec moi, j’aurais parié à quand je vais reboire un peu trop et venir te voir derrière. », ce qui pouvait ne pas être très long en effet. Nyx s’assit à côté de moi, après avoir glissé ses jambes sur mes genoux et tendu la télécommande, en profitant au passage pour signaler que ça serait à moi de payer la nourriture, c’était de bonne guerre, je lui avais sans aucun doute niqué un matelas dernièrement, c’était le moins que je puisse faire. Mais j’avais un problème d’accessibilité de mon téléphone et je n’avais pas vraiment envie de bouger, posant donc la télécommande à côté de moi je soufflais, « Je suis pas encore un Jedi et je sais toujours pas invoquer mon portable, tu vas devoir bouger si tu veux manger. », glissant ma main sur ses jambes, j’avais fait sans doute l’erreur d’allumer la télé, car il y eu un gros bruit qui attira suffisamment mon attention pour me détourner de Nyx un instant.

Ce fut le moment qu’il choisi pour m’avouer qu’il avait aimé m’embrasser. L’observant un instant, un sourire sans doute un peu trop arrogant étira mon visage alors que je lui affirmais, « Et t’as pas encore couché avec moi, je peux t’assurer que ta vie n’aura plus la même saveur après ça… », je ne savais pas si c’était vrai, mais personne n’était réellement venu se plaindre après ça, donc j’en concluais que ça devait-être assez plaisant pour réitérer l’expérience. Et puis ça serait tout de même idiot d’avoir un corps comme le mien et de ne pas savoir s’en servir. Tout comme il était ridicule d’avoir un corps comme le sien et de refuser de s’en servir, ou du moins d’en faire don aux autres. Mais je devais m’entrainer à tenir quelques siècles sans vouloir lui sauter dessus là non ? Et puis je restais raccords avec ce que j’avais dit, je préférais éviter de perdre l’alliais qu’il représentait pour quelque chose qui ne m’était pas aussi vitale.

Reposant mon regard sur lui, je l’observais un long moment, sans doute le temps de me convaincre qu’il portait la aussi un masque dont il voudrait peut-être se défaire, ou au contraire j’allais allé trop loin, « Comment tu t’appelles ? », au final je lui laissais le choix de se révéler ou non, je ne voulais pas le pousser, je ne voulais pas l’étouffer. Il pouvait me répondre Nyx que ça m’irait aussi très bien, mais il avait dit s’être perdu à force de jouer des rôles et inconsciemment, je voulais savoir à qui je faisais réellement à faire, même si, soyons honnête, ça ne changerait rien.

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Posté le Sam 21 Juil - 1:54
Et voilà, il était de retour, ce sourire absolument ravageur que Yerathel avait appris à détester autant qu’il l’aimait. Il savait que ce qui viendrait derrière serait totalement orgueilleux au point qu’il commença à lever les yeux au ciel avant même que le jeune homme n’ait ouvert la bouche. Et il ne fut vraiment pas déçu. Sérieusement, ce mec n’était pas croyable. Mais c’était agréable de le voir comme ça, sans que ça ne soit pour se cacher derrière un masque, pour une fois. Malgré tout, Yerathel s’empressa d'attraper le premier coussin qui lui passa sous la main et de le lancer sur le pianiste. “Dans tes rêves, sûrement !” lâcha-t-il en se détournant pour poser les yeux sur la télé, principalement pour cacher le sourire qu’il n’avait pas trop envie d’exposer librement. Hors de question qu’il donne cette satisfaction à ce crétin. Mais il devait bien admettre que cette nouvelle version de Thomas lui plaisait bien. Au point qu’il aurait éventuellement pu céder à ses avances, ou qu’il envisagerait de le faire un de ces jours du moins. Si tant est qu’il ait toujours droit à cette version bien plus agréable à vivre pour encore quelques temps. Il voulait en voir plus, il voulait s’y habituer, il voulait être plus important que le sexe et que tout le reste dans la vie de quelqu’un et il voyait de moins en moins d’inconvénients à ce que ce soit dans celle de Thomas. Mais il refusait catégoriquement de le faire savoir maintenant, raison pour laquelle il resta résolument tourné vers la télé jusqu’à ce que le jeune homme ne se décide à poser une autre question. Question qui le prit pas mal de court, d’ailleurs. À peine une seconde après que le silence soit retombé, il était de nouveau sur le dos et son regard fixé sur le jeune homme.

C’était une autre partie de lui qu’il demandait à obtenir dans cette simple demande, tellement banale que c’en était affolant. La vraie question était de savoir si Yerathel se sentait prêt à la lui donner. Et il n’arrivait pas à décider pour le moment. “On se connait depuis cinq ans et c’est la première fois que tu me demandes comment je m’appelle…” fit-il remarquer très simplement, comme il aurait parlé de la météo en fait. Ça n’était probablement rien de plus qu’une façon pour lui de gagner encore quelques secondes, mais ça n’en restait pas moins vrai pour autant. “Et ça démontre d’un manque cruel d’éducation.” Il se surprit à sourire de nouveau, mais la crainte n’était pas très loin. Ce qui était parfaitement ridicule, certes. Son nom ne changerait plus grand chose après qu’il ait admis être un occultiste… Ce ne serait certainement pas le détail qui empêcherait Thomas de se retourner contre lui ou de le détruire d’une quelconque façon. “On m’appelle Nolen, ces temps-ci.” souffla-t-il finalement, beaucoup plus sérieux que ne le méritait cette situation. “Est-ce qu’on peut s’en tenir à ça pour encore quelques temps ?” demanda-t-il, hésitant. Il n’avait pas envie de commettre une erreur et de tout envoyer valser si rapidement, certainement pas, mais il n’arrivait tout simplement pas à en offrir plus aujourd’hui. “On a le reste de l’éternité pour tout savoir l’un de l’autre, après tout, pas vrai ?”

Il se força à afficher un nouveau sourire et se décida enfin à libérer le jeune homme en repliant les genoux. “Allez, va chercher ton téléphone, j’ai faim.” lâcha-t-il en essayant de retrouver un ton un peu plus joyeux. Il y avait encore une légère boule d’angoisse coincée dans sa gorge, à croire qu’il craignait réellement que Thomas lui en veuille de ne pas vouloir révéler une information aussi banale dès maintenant. À croire aussi, qu’il restait encore pas mal de zones d’ombre derrière l’apaisement de s’être enfin ouvert à quelqu’un après toutes ces années, ces siècles même, à garder sa vie secrète et bien rangée. Ses trois univers s’entrechoquaient par la faute d’un seul et il ne savait pas encore parfaitement comment y faire face.

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Posté le Lun 23 Juil - 16:02
Un coussin m'échoua dessus avant qu'il ne m'envoie à nouveau baladé, avant que je ne pose une question qui le mette visiblement mal à l'aise. Il souligna à juste titre que cela faisait 5 ans qu'on se connaissait et que je ne me décidais qu'aujourd'hui à lui poser la question. Et je ne pouvais pas lui reprocher non plus qu'il me pense mal éduquer. Mes parents avaient fait de leurs mieux, mais j'avais été difficile et avec le recul, avec ce qui s'était produit, rien n'avait été arrangé, bien au contraire. Moins j'étais agréable, moins les gens cherchaient à me côtoyer plus de deux heures et le fait qu'il soit encore là révélé bien combien il avait su persévérer. Beaucoup aurait abandonné avant, « N'accuses pas mes parents, ils ont fait de leurs mieux. », soufflais-je avec un léger sourire avant qu'il ne me donne enfin son nom, du moins celui qu'il usait ici, en ce moment. Il me demanda alors assez brusquement de nous en tenir là pour le moment, soulignant une nouvelle fois à raison que nous aurions l'éternité pour apprendre à se connaitre. S'en suivit une atmosphère un peu étrange, comme si Nolen donc, n'était plus vraiment à l'aise. J'avais sans doute était trop loin une nouvelle fois et je profitais du fait d'être libérer pour réfléchir un peu. Pour comprendre là ou j'avais merdé. Ignorant le lit quand j'entrais dans sa chambre, je pris simplement mon téléphone s'essuyant au passage avant de revenir dans le salon et de commander sur une application dédié.

Me laissant de nouveau tomber sur le canapé, j'appuyais volontairement ma tête sur ses cuisses pour reprendre un peu distraitement, « Japonais pour deux ça te vas ? J'ai prit des Sashimi principalement, j'ai pas envie de devoir aller courir pour du riz sucré... », soufflais-je dans réellement réaliser à quel point ça pouvait-être superficiel. J'étais attaché à mon apparence physique, je n'allais pas mentir et quelque chose me disait que je ne pourrais pas vraiment grossir avec ce corps, mais sur le papier, je préférais éviter certains excès, surtout quand j'avais perdu autant de sang et qu'une nouvelle pique de douleur venait m'arracher des contractions involontaires dans tout le corps. Reposant mon téléphone, je reportais mon attention sur lui, l'observant un moment, prenant conscience que derrière ses sourires devait se cacher plus de deux milles ans de méfiance.

Me redressant alors, je glissais une main dans la sienne jusqu'à l'attirer à moi, jusqu'à le forcer à venir dans mes bras à nouveau, pour le tenir contre moi avant de souffler, « Tu penses que je pourrais utiliser mon prénom de naissance ou il serait plus malin de changer entièrement ? », presque personne ne savait que je m'appelais Aleksander dans le fond, il n'y aurait sans doute pas de soucis, du moins je l'espérais. Ca pouvait-être effrayant de changer entièrement, alors que là, j'avais mon A. Je savais que c'était moi. J'avais aussi fait le choix de continuer la conversation comme si de rien n'était, non pas car je ne m’intéressais pas à lui, mais simplement car je ne voulais pas qu'il pense que sa prudence me dérangeait. Elle était normal à mes yeux, je ne pouvais pas lui reprocher de faire attention. Et puis juste une pensée, une seule qui suffit à me tendre légèrement, à me redresser sans pour autant le lacher, « Tu penses que quand le livreur sera là tu pourras aller ouvrir ? Je te donnerais ma carte et mon code, simplement... En l'état actuel il est vraiment préférable que je ne fasse pas face à un humain. Car si toi ça va, clairement ça ira pas aussi bien avec un autre. », j'essayais de ne pas dramatiser l'histoire, pourtant la vérité était là, je n'étais pas certain de tenir le coup devant un être humain.  

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Posté le Lun 23 Juil - 20:00
Il n’y eut aucune réponse, pas la moindre petite réaction. Thomas se leva simplement et disparut, s’engouffrant dans la chambre de son hôte sans un regard en arrière. Yerathel sentit son coeur s’affoler dans sa poitrine et se redressa un peu, soudainement tendu, alors qu’il suivait le jeune homme des yeux et pinçait les lèvres pour retenir la déception de s’afficher trop clairement. Il aurait dû répondre la vérité, plutôt que d’imposer une nouvelle barrière. Il n’arrivait pas à s’y résoudre, mais l’idée que Thomas puisse faire deux pas en arrière seulement parce qu’il ressentait encore le besoin de se protéger un peu… Il s’évertua à retrouver son calme avant que le jeune homme ne revienne et s’il fut quelque peu surpris de le voir reprendre sa place à ses côtés, contre son corps, aussi facilement, il ne fit aucun commentaire et observa seulement le visage du pianiste en retenant au mieux sa perplexité. “C’est très bien.” souffla-t-il à la question qu’il reçut quand Thomas rangea son téléphone. Il se fichait complètement de ce qu’ils allaient manger, honnêtement. Il était seulement préoccupé par le malaise intense qui s’insinuait sous sa peau, mais étrangement, il ne percevait aucun sentiment particulièrement négatif émaner du jeune homme. Cela le laissa plus perplexe que tout le reste. Pourquoi réagir avec une telle indifférence, alors ? Pourquoi ne même pas lui faire l’honneur d’un petit mot, n’importe quoi pour lui faire comprendre qu’il ne lui reprochait pas son silence ?

La question persista quand Thomas se releva et, au lieu de fuir encore, s’entêta plutôt à attirer Yerathel contre lui. L’homme se laissa faire avec la même prudence que lui imposait l’incompréhension. Il posa sa tête sur l’épaule du pianiste et se réfugia dans ses bras avec cette impression étrange qu’il aurait aussi bien pu s’habituer rapidement que jamais à ce genre de contact. Sans doute réfléchissait-il trop, mais il ne pouvait s’empêcher de se demander ce que signifiait tout cela, finalement. Qu’allaient-ils être l’un pour l’autre, désormais ? Bien sûr, ce ne fut pas un éclaircissement à ce sujet que lui offrit le jeune homme, mais seulement une autre question sans aucun rapport avec ce qui le perturbait réellement. “Peut-être pas tout de suite, mais tu pourras, oui. Si c’est ce que tu veux, on trouvera un moyen.” souffla-t-il en acceptant enfin d’arrêter de faire peser son regard sur l’homme. “Tu ne t’appelles pas vraiment Thomas ?” s’étonna-t-il doucement. Il n’avait jamais envisagé que ce soit un nom d'emprunt. Quel intérêt aurait-il eu à ne pas porter son véritable nom, après tout ? C’était une chose réservée aux malheureux dans son genre, obligés de se cacher. Du moins était-ce ainsi qu’il l’avait toujours vu. Et de quoi aurait-il eu l’air, lui, s’il avait continué de se faire appeler Yerathel ? Non seulement s’agissait-il d’un nom tout sauf cohérent pour un asiatique, mais il était tellement biblique et ancien que ça aurait forcément attiré l’attention sur lui. C’était son secret depuis ses quinze ans et il le conservait précieusement. Peut-être trop précieusement, à vrai dire.

L’idée de discuter sérieusement avec Thomas de ce qui se passait en ce moment entre eux l’effleura brusquement à cette pensée. Sans doute avait-il besoin de savoir à quoi s’en tenir pour accepter de s’ouvrir, de s’offrir un peu plus. Mais il n’eut pas le temps d’ouvrir la bouche que le jeune homme le fit à sa place, lui demandant s’il pourrait aller ouvrir au livreur, lui-même n’étant pas en état d’affronter un être humain. Yerathel se tendit légèrement, ses doigts se crispant contre le torse de l’homme et il releva les yeux vers lui. “Parce que tu as cru que je te laisserais aller ouvrir à ce pauvre homme dans cette tenue ?” lança-t-il, affublé d’une fausse légèreté. “Bien sûr que j’irais.” Il retomba dans le silence après cela, dans ses réflexions beaucoup trop intense aussi et il lui fallut quelques longues secondes avant d’oser demander autre chose. “Comment tu fais, d’habitude ?” Il n’était même pas certain de vouloir une vraie réponse à cette question, mais il avait besoin d’en savoir plus sur ce que traversait Thomas. Il avait besoin d’être rassuré, sur tellement de choses à la fois, mais toutes convergeaient vers le même désir : il lui fallait absolument savoir dans quoi ils s’engageaient tous les deux. Et à défaut d’oser demander ce qu’ils étaient censés devenir l’un pour l’autre, il se rabattait sur les autres détails qui entreraient forcément en compte dans la vraie réponse.

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Posté le Mar 24 Juil - 10:28
Je n’aurais rien qui ne serait réellement à moi donc dans cette nouvelle vie qui s’offrirait d’ici peu. Plus d’amis, plus de famille, plus d’identité, juste lui. Uniquement lui. C’était légèrement angoissant comme idée, légèrement perturbant et effrayant aussi pour tout dire. Mais avant que je ne puisse en demander plus, il s’intéressa à mon prénom actuelle et à ce qu’il pouvait être ou non finalement. C’est vrai que ça pourrait sembler égocentrique, voir légèrement de trop dans ce genre de situation ou lui devait changer de nom pour survivre et non par plaisir, mais mon explication n’était pas plus agréable à entendre, « Thomas A. Balhian… Le A c’est pour Aleksander, le nom que ma mère m’a donné à ma naissance avant de mourir. J’ai aucun souvenir de mon vrai nom de famille avant d’être adopté, mais mes parents ont opté pour un prénom plus simple à porter aux USA. Donc si je m’appelle vraiment Thomas, c’est juste pas le prénom que ma mère biologique m’avait donné. », répondis-je dans un souffle avant de m’inquiéter pour quelque chose d’autre, comme le fait d’être exposé à la réalité. Comme le fait que le livreur puisse finalement arriver.

Il se crispa contre moi, soufflant malgré tout qu’il ne me laisserait pas ouvrir à un livreur dans cette tenu. Il dédramatisait du mieux qu’il pouvait sans doute, mais il acceptait d’y aller. J’en fus soulagé, du moins moins jusqu’à ce qu’il ne me demande comment je faisais d’habitude. Se fut à mon tour de me crisper légèrement, mon regard tombant sur le vide en face de moi avant que je ne trouve enfin le courage de devenir monstrueux à ses yeux, « J’ai des poches de sang dans le frigo, mais l’ironie veut que ce ne soit pas vraiment efficace, ça me calme pour un jour, un jour et demi et après ça revient. », mais ça dépannait, beaucoup et souvent. « Ensuite j’ai toujours quelque chose de coupant… En générale je profite de coucher avec quelqu’un pour dissimuler la coupure en griffant, en étant juste un peu brutale au lit, et je sais me nourrir.. D’autre fois… », mon regard s’assombrit légèrement alors que le sujet de ce pouvoir arrivait lentement sur le tapis, « Et quand je suis vraiment dans le mal… J’utilise quelque chose de moins agréable pour eux. », même si ils se souvenaient de rien, ils restaient souvent mal pendant quelques heures, voir en quelques jours. Mais je ne voulait pas en arriver là, je ne voulais pas en arriver à ces extrémités.

Le silence retomba, sans doute trop longtemps, car l’on finit par sonner. Déjà ? Je me redressais, tenant un peu plus l’homme contre moi avant de réaliser qu’il ne pourrait jamais ouvrir si je faisais ça. Le lâchant alors, je me tendais pour lui donner ma carte avec mon code avant de le fixer se lever pour y aller. Dès que la porte s’ouvrir, je le sentis, dès que la porte laissa entrevoir l’homme, je sentis son sang et sans réellement réaliser, je m’étais mit debout, m’avançant pour le voir, avant de me stopper, la douleur bien présente dans mes veines. Je reculais toutefois, attendant qu’il ferme la porte, pour souffler et prier pour trouver quoi que ce soit de viable pendant la journée. Et manger m’occuperait peut-être l’esprit. Prenant les sacs, je retournais dans le salon ou je posais le tout sur la table basse. Déballant ce que j’avais prit, j’essayais de faire disparaitre ce sentiment un peu étrange qui précédait chaque moment ou je me nourrissais, préférant éviter d’en souffrir. Relevant les yeux, je simulais un sourire avant de lui demander, « Tu viens ? », comme pour clore avec moi-même cette histoire.

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Posté le Mar 24 Juil - 12:12
L’aveu échappa si facilement au pianiste que Yerathel se sentit encore un peu plus mal de refuser de lui rendre la politesse. Et c’était bien loin d’apaiser les trop nombreuses préoccupations qui se bousculaient dans son crâne actuellement. Il avait vraiment besoin de pouvoir poser toutes les questions qui lui venaient et plus encore d’obtenir toutes les réponses. Mais il était lâche, l’avait toujours été, le serait probablement à jamais et il ne trouva pas vraiment la force d’essayer. Que se passerait-il s’il n’appréciait pas les réponses que lui fourniraient Thomas ? Mieux valait-il vivre dans le déni, n’est-ce pas ? Ou bien faire exactement ce que faisait toujours l’occultiste dans une telle situation - quoiqu’il ne l’ait pas vécu souvent, si ce n’est jamais - essayer d’obtenir des indices avant d’exiger la réponse complète. Ce plan fut malheureusement mis à mal par une requête relativement inattendue du pianiste, qui fit redoubler l’angoisse de Yerathel. Il s’y soumit pourtant sans aucune difficulté. Ouvrir la porte ne lui coûtait rien, après tout. Et il put se changer les idées un petit moment, le temps de découvrir comment Thomas pouvait survivre dans un monde rempli de potentiels repas inaccessibles. C’était visiblement l’une de ces questions auxquelles obtenir une réponse se révélait finalement plus dévastateur que de rester dans l’ignorance. Et pourtant, une fois encore le jeune homme accepta de s’ouvrir sans rechigner. Il était tellement différent, aujourd’hui, que Yerathel en était un peu étourdi. Il ne sut pas trop quoi répondre non plus et pouvait-on réellement le lui reprocher ? C’était une conversation étrange, malaisante… Il préféra donc garder le silence et se contenta de se lover un peu plus dans les bras de Thomas et de fermer les yeux. Il ne pourrait pas ignorer pour toujours les difficultés de cette journée. Il savait que viendrait le moment d’en parler vraiment, mais il comptait le repousser le plus longtemps possible.

Suffisamment, en tout cas, pour que le livreur arrive et ne le tire de ce silence qui avait fini par devenir presque agréable. Il alla ouvrir et payer la commande sans se faire prier, mais le charme de l’apaisement factice était rompu et il sentit la nervosité revenir quand il ferma la porte pour se trouver de nouveau en tête à tête avec Thomas. Ce dernier ne semblait pas en mener large non plus. Yerathel perdit un temps beaucoup trop conséquent à le regarder essayer d’agir normalement sans y parvenir réellement, mais réussit le petit miracle de sourire et de bouger quand le jeune homme l’invita à le rejoindre. Il se laissa tomber sur le canapé, mais ne s’approcha pas de la nourriture disposée sur la table basse et resta seulement les mains croisées à regarder Thomas un long moment. “J’aime bien Aleksander.” souffla-t-il finalement. “Ça te va bien.” Un autre sourire lui échappa, beaucoup moins forcé celui-ci et se décida enfin à prendre une paire de baguettes et une boite pour commencer à manger. Chose qu’il fit dans un silence quasi religieux, preuve que la nervosité refusait de se dissiper entièrement. Il n’eut même pas le cœur de manger beaucoup et reposa son plateau bien avant qu’il soit terminé. Le reste de la journée semblait vouloir s’enchaîner difficilement. Il attendit pourtant patiemment que Thomas n’en ait terminé avec son repas lui aussi et dès que ce fut chose faite, au lieu de laisser un autre malaise s’installer, il se permit de retrouver ses bras d’un geste presque naturel. Presque.

Son regard se posa sur l’écran de télévision un peu par réflexe, il n’était même pas sûr de ce qu’ils regardaient à vrai dire. Ses pensées continuaient de vagabonder vers d’autres sujets complètement angoissants. Plus ou moins jusqu’à ce qu’il ne soit plus capable de le supporter. Alors il se redressa légèrement, sans s’éloigner de Thomas pour autant et fit la chose la plus stupide qui lui passa à l’esprit à ce moment-là en l’embrassant sur la joue. C’était probablement le geste le plus douloureux qu’il ait eu à faire depuis bien longtemps et ça lui donnait l’impression qu’il venait de définir leur relation pour le reste de l’éternité. Et pas de la manière dont il l’aurait voulu, mais probablement de la façon la moins dangereuse aussi. “On devrait sûrement reparler de tout ça. Quand ce sera un peu moins… frais.” souffla-t-il en posant le regard sur le jeune homme. Il s’était rarement montré si talentueux pour fuir et agir lâchement. Il retrouva sa place contre le torse du musicien sans attendre de réelle réponse.

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Posté le Mar 24 Juil - 14:21
Chaque fois que j’étais appelé ainsi me ramené à des souvenirs anciens, pas forcément joyeux, des souvenirs, des photos d’une mère n’ayant pas survécut, mais ayant voulu m’appeler ainsi. Je n’étais pas fondamentalement triste, cela faisait partie de ma vie, simplement cela faisait des années que je n’avais pas entendu une autre personnes prononcer mon nom. « Difficile de trouver un nom qui ne m’aille pas en même temps. », soufflais-je avec une arrogance feinte avant de finir ce repas et de me retrouver de nouveau avec l’Occultiste dans les bras. Je ne regardais pas vraiment la télé, j’avais beaucoup à penser, mais ce fut sans doute bien pire lorsqu’il se redressa pour m’embrasser la joue. C’était… Je ne saurais pas dire ce que c’était, simplement j’étais parfaitement incapable de réagir à ça. C’était la première fois qu’on m’embrassait comme ça sans arrière pensées, sans que la relation soit différente. Et c’était la première fois que j’étais me sentais mal à l’aise après avoir senti des lèvres se poser sur moi. J’avais l’impression d’avoir été repoussé encore un peu plus loin. J’avais l’impression de n’avoir rien de plus qu’un gout amère dans la gorge. Je n’aimais pas ça, mais je remis un masque, à défaut de savoir gérer la situation. « Je sais pas comment le prendre. », murmurais-je avec assurance alors que très clairement, je ne savais vraiment plus comment prendre quoi que ce soit ici. J’étais désarmé, sans la moindre arme devant cette nouveauté.

Laissant retomber le silence, je me contentais de longues minutes si ce n’est heure à observer la télé sans jamais vraiment la regarder. J’étais distrait, absent, loin et perdu dans mes réflexions. Et j’aurais pu rester comme ça si les battements de mon coeur ne s’étaient pas lentement accéléré, la douleur et la faim finissant par me paralyser. Jusqu’à ce que je ne puisse plus vraiment rester dans cette position sans que je n’ai l’impression d’exulter la douleur. Bougeant alors, je m’extirpais de sous ses bras pour me remettre debout, un peu plus chancelant alors que je demandais, « Tu pourrais me prêter des vêtements… Je vais vraiment devoir rentrer chez moi. », soufflais-je en essayant de rester calme, en essayant de ne pas avoir l’air si démonté par la douleur. De toute façon j’avais besoin qu’un peu de distance pour assimiler la situation et le statut qu’il venait de m’imposer. J’avais besoin de me reprendre, d’accepter cette nouvelle position.

Souriant de la façon la plus convaincante que possible, je reportais mon attention vers sa chambre. J’aurais sans doute pu aller me servir, mais je n’avais pas l’impression d’avoir le droit de mettre le nez dans ses affaires. Et puis surtout pour mettre quoi ? J’avais déjà eu bien du mal à trouver un boxer normal, ce n’était pas pour me tirer à nouveau dans le pied. De manière évidente, j’étais affamé, mais aussi gêné, pas forcement à mon aise dans les lieux et si retrouver du sang pour faire taire la douleur me semblait-être une bonne idée, celle de ne plus être dans cette case étrange ne me déplairait pas. C’était con, il n’y avait sans doute rien, mais j’aurais préféré qu’il se laisse aller à d’autre familiarité. Mais ça serait remettre en jeu notre capacité à coexister non ?

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Posté le Mar 24 Juil - 15:07
Il ne savait pas comment le prendre et Yerathel ne savait pas comment formuler la moindre pensée actuellement. La meilleure solution lui sembla donc de ne pas le faire. Il conserva le silence et reporta toute son attention sur la télé. Pour quelques minutes, au moins, jusqu’à ce qu’il ne perde totalement le fil et qu’il ne s’endorme. Il en avait besoin, plus que jamais. Il était même presque totalement inconscient, plongé dans un sommeil tranquille qui lui redonnerait un peu de forces pour affronter la journée du lendemain avec plus de sérénité. Il ne sut même pas combien de temps tout cela dura, mais ne se réveilla pas avant de sentir Thomas bouger sous son corps et l’arracher immanquablement à ce bon moment. Yerathel se força à ouvrir les yeux et à s'asseoir correctement pour s’intéresser à lui. Il voulait des vêtements, partir. Ça n’avait rien de très étonnant, après tout et ils venaient de passer toute une nuit et toute une journée ensemble. Quoi de plus naturel de vouloir rentrer ? D’autant plus s’il fallait qu’il se nourrisse rapidement… Cette pensée fut légèrement difficile à aborder, mais l’homme la chassa au plus vite.

“Bien sûr.” Il eut du mal à chasser le sommeil de ses traits, mais s’empressa de se relever pour accorder au jeune homme ce qu’il voulait. Le pas un peu hésitant, il gagna sa chambre et prit un soin tout particulier à ignorer le matelas tâché en son centre et la brûlure dans son coeur au passage. Il sélectionna les vêtements les plus sombres et les plus simples qu’il possède et retourna rapidement au salon pour les tendre à Thomas. La chemise n’était pas noire, mais bleue, d’une teinte suffisamment sombre pour ne pas trop choquer le pauvre garçon. Le jeans parfaitement taillé à sa propre silhouette ne serait certainement pas des plus confortables pour l’autre, mais il n’avait guère mieux à offrir. “J’espère que ça t’ira.” souffla-t-il et à défaut de savoir quoi faire d’autre, il s’approcha du comptoir de la cuisine où il s’occupa à triturer un dessous de verre pendant de longues minutes. Jusqu’à ce que le moment du départ de Thomas ne puisse plus être repoussé plus longtemps.

Cette idée lui laissait un sentiment étrange d’acte manqué, sans qu’il ne sache trop s’expliquer ce qui lui prenait exactement. Trop de questions laissées en suspens, trop d’anomalies dans cette journée, continuaient de peser sur lui et de le faire se questionner sur ce qui adviendrait maintenant. Mais il avait déjà quelques indices, n’est-ce pas ? Thomas avait parlé de ses craintes de s’éprendre un jour d’un humain, de son besoin d’avoir un allié et rien d’autre. Il avait besoin d’un allié, d’un ami et Yerathel était, pour l’instant, le seul à connaître tout ça. Alors, il serait cet ami. Celui dont lui-même avait eu besoin à une époque lointaine et qu’il n’avait jamais vraiment trouvé. Celui qui resterait là jusqu’à la fin et qui trouverait toujours un moyen de tout arranger ou d’apaiser n’importe quel douleur. Tant pis si cette idée le blessait lui-même. Il avait promis d’être là, promis d’aider et il tiendrait cette promesse. Un sourire naquit difficilement sur ses lèvres. “Très bien. Appelle-moi si tu as besoin de quelque chose.” souffla-t-il en forçant sa voix à paraître plus enjouée. “Ou si tu as seulement envie d’un peu de compagnie !” Il leva une main dans l’intention certaine d’un contact, uniquement pour se raviser avant de toucher l’homme et finit par claquer ses deux mains l’une contre l’autre. Le malaise s’intensifia immédiatement, au moins de son côté. Il se sentait tellement stupide, plus qu’il ne l’avait jamais été de toute sa vie et ça n’était pas peu dire dans son cas…

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Posté le Mar 24 Juil - 15:59
Les minutes me semblèrent excessivement longues le temps qu’il revienne, je ne savais même pas pourquoi je ne l’avais pas suivit, pourquoi j’étais resté là, debout jusqu’à ce qu’il me donne une chemise et un jeans. Posant la chemise sur le dossier d’un fauteuil, je m’étais rhabillé devant lui, évitant de souligner le fait que ce jeans était vraiment, vraiment trop serré pour moi. Toutefois il ferait l’affaire pour le moment, je n’avais juste aucun mouvement brusque à faire. Passant ensuite la chemise qui était un peu plus à ma taille quoi qu’un poil courte, je me retournais pour lui faire face alors qu’il s’approchait pour me demander de l’appeler si j’avais besoin, ou si j’avais juste envie de sa compagnie. Suivant sa main du regard, je la vois s’écraser contre son autre mains dans un geste… Minable ? Non, c’était moi qui avait eu pour espoir que ce soit autre chose, espoir qu’il me retienne, ou vienne avec moi, mais ça aurait servit à quoi hors-mit lui montrer ce que je pouvait-être dans les pires moment de ma vie. Il était préférable qu’on en reste là, qu’on s’arrête à ça, ainsi. « Je t’appel… », soufflais-je en refusant de le lâcher du regard alors que je reculais vers la porte. J’attendais quoi ? Que le brusque malaise disparaisse ? Que tout ce que je préférais éviter pour le perdre ne soit plus un danger ? « Rapidement. », ajoutais-je avant d’enfin lui tourner le dos pour m’avancer vers la porte.

Je ne tardais pas à la franchir, sentant le malaise et la peur grandir en flèche, pourquoi je me comportais ainsi ? Pourquoi j’étais affecté par ses réactions ? Par son comportement ? Je n’avais qu’une seule envie, rejoindre la maison, boire du sang et une grande quantité d’alcool pour que tout ceci ne soit plus qu’une vaste blague. Le soucis, c’était bien qu’avant d’y arriver, j’allais devoir traverser cette ville, j’allais devoir me comporter normalement alors que chaque odeur rendait tout ça de plus en plus difficile. J’avais envie de me jeter sur eux, mais étais-ce vraiment la chose à faire ? Non. Je ne voulais pas mourir ici. 

Tendu, je le fus jusqu’à rentrer chez moi, jusqu’à retirer ces vêtements pour ne pas les salir et jusqu’à prendre cette poche, l’ultime qui me restait avant d’en déverser le liquide dans ma gorge. Et seulement à cet instant là, alors que la soif s’étancher enfin, j’acceptais de souffler, de prendre du recul sur tout ça. J’avais eu terriblement envie d’envoyer balader pas mal de chose, mais j’étais rester là, passif alors que chaque chose qu’il m’opposait aurait du être contré. On était censé s’entre aider et vivre ensemble non ? Alors pourquoi le malaise était plus grand à présent ? Car il avait sans doute comprit à quoi il avait à faire et à défaut de trouver mieux il s’était contenté de ça ? Je n'aurais jamais cru pouvoir être à la fois soulagé et anxieux de cette situation.

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